Léopold II corrupteur actif à cause du Congo (selon J.Stengers)

Toudi mensuel n°42-43, décembre-janvier 2001-2002

« Ce qui dans le même ordre d'idées - c'est-à-dire à propos de cette époque, de la campagne anglaise contre les abus au Congo - est beaucoup plus important, est la manière dont Léopold II a su enrôler une grande partie de la presse belge dans une défense vigoureuse contre les critiques venues d'outre-Manche. C'est bien, en l'occurrence, le souverain de l'État indépendant qui agit là en Belgique. Il fait appel au patriotisme des Belges (car les attaques anglaises sont représentées comme les manifestions d'une malveillance intéressée), mais il sait aussi fouetter le zèle de certains journaux par des arguments sonnants et trébuchants. L'argent congolais coule. Jamais sans doute ce qu'il est convenu d'appeler la corruption de la presse n'a atteint un tel degré qu'en ce début du XX e siècle, du fait de l'État indépendant. On peut mettre le doigt, avec certitude, sur des journaux qui ont reçu des fonds: Le Petit bleu - un des défenseurs les plus exaltés de l'État indépendant dont la vénalité a été prouvée par un procès public - La Réforme, Le MatinLe XXe siècle. Mais la liste des journaux, et aussi des journalistes, bénéficiaires de cette manne congolaise, serait certainement plus longue si l'on disposait des documents nécessaires. Elle ne comprendrait cependant pas, il faut le souligner, des organes dont l'intégrité a toujours été au-dessus de tout soupçon, comme Le Patriote ou Le Peuple. »

[Jean Stengers, L'action du roi en Belgique, Duculot, Gembloux, p.296]