Herman Van Rompuy : l' abjection

EDITO
21 novembre, 2009

Voilà un Premier ministre - belge - qui l'est devenu en plein coeur d'une crise nationale grave qui risque d'emporter son pays. Il a pourtant déclaré à la Chambre le 12 novembre dernier qu'il ne pouvait se dérober à la  cooptation opaque par ses collègues européens qui en fait ce 19 novembre le Président du Conseil de la même « Europe », une cooptation opaque pour un poste prestigieux, mais dont on ne sait ce qu'il compte y  faire ni pour quelles raisons programmatiques il y est désigné. Il n'empêche que dans la classe politique et les médias belges (flamands comme wallons), c'est le délire. On applaudit à tout rompre un dirigeant démocrate responsable devant la communauté que forment les citoyens de son pays et qui, sous d'autres cieux plus républicains et plus citoyens l'obligeraient catégoriquement à faire son premier devoir qui est de servir cette communauté civique qui l'a placé là où il est. Et l'y a désigné en fonction de son propre destin.

Mais Van Rompuy nous déserte sous nos bravos. Et cela pour gagner une division politique supérieure comme le ferait un joueur de foot acheté par un club, plus riche, plus prestigieux 1. Van Rompuy n'est pourtant ni Justine Henin, ni le centre-avant du Standart. Et le poste démocratique qu'il quitte, il le quitte pour une fonction dont les citoyens (de son pays ou des autres pays), ne savent pas quelle tâche il y remplira, quel programme il y appliquera ni même la raison vraie pour laquelle il y est désigné. On suppose donc qu'aux yeux de cet homme, nous, citoyens belges (et/ou Européens d'ailleurs), n'avons aucune espèce d'intérêt. Les Belges qui l'applaudissent montrent par là leur authentique nature. Ils ne peuvent vivre que par procuration en se projetant sur un homme qui aura un profil international prestigieux sans que ce profil soit d'un intérêt quelconque pour la démocratie belge ni la démocratie en général d'ailleurs. Van Rompuy est d'ailleurs membre du fameux groupe de Bilderberg qui réunit des élites mondiales dont la vertu principale n'est certainement pas républicaine.

Il faut relire ce que disait Trotsky de cette vieille propension belge à se belgifier, à renoncer à soi, à se nier. Voyez Belgique et belgification (Trotsky)

La Wallonie doit quitter cette terre d'abjection qu'est devenue la Belgique. Même si l'on peut craindre que les mêmes comportements ne se fassent jour à sa tête. Auquel cas, il faudrait alors se résigner au pire : que les Wallons, incapables d'être des citoyens, rejoignent un pays comme la France qui sera la République qu'ils n'auraient donc jamais été  capables d'incarner . Solution du désespoir. Et qui, d'ailleurs, ne résoudrait rien. La Mort, simplement, serait là. Selon certains, les peuples ne sont d'ailleurs  pas capables de se gouvernener : voir Michaël Gama, Rencontres au sommet. Quand les hommes de pouvoir se réunissent, L'Altiplano, Paris, 2007.

Voir aussi Jean-Marc Ferry l'identité postnationale et les objections d'intellectuels wallons, mais aussi sur ce même thème, cet extrait de Chapitre VII : République et identité, chapitre VII du livre Le citoyen déclassé (voir archives et numéros spéciaux): Sortir de la Belgique pour survivre.

  1. 1. C'est à peu près ce que déclarait un journaliste de la RTBF dans « Face à l'Info » du 13 novembre dernier, sans d'ailleurs remettre en cause pareil choix.