État de l'emploi en Wallonie

Toudi mensuel n°38-39, mai 2001

Lorsqu'on parle "emploi ", on a souvent l'habitude de prendre comme base statistique le nombre de postes de travail occupés dans les établissements situés en Wallonie. C'est la statistique de l'ONSS (Office National de Sécurité Sociale).

Cette donnée convient pour apprécier le dynamisme des entreprises. Cependant, comme elle recense les postes de travail, elle ne se préoccupe pas de savoir si les postes sont occupés par des Wallons, des Flamands ou des travailleurs domiciliés dans un pays voisins.

Elle est partielle puisque les indépendants ne figurent pas dans ces chiffres.

On sait, cependant, par les données du recensement de 1991, que le nombre de navetteurs flamands vers des entreprises situées en Wallonie est très faible, de même d'ailleurs que le nombre de Wallons travaillant dans des entreprises situées en Flandre. Par contre, les navetteurs flamands vers la Région de Bruxelles-Capitale sont environ 200.000 et les navetteurs wallons vers cette même région sont 120.000 environ.

Une étude antérieure ( voir TOUDI, n°11, mai 1998, les tableaux de chiffres corrects sont à trouver dans TOUDI n°12) a montré que le déclin de l'emploi a atteint la Wallonie depuis la fin de 1974 jusqu'en 1986 mais que depuis lors, l'emploi total progresse en Wallonie: le déclin est terminé partout en Wallonie, même si certaines régions connaissent encore un chômage important.

La croissance globale de l'emploi

On se sert de la statistique des postes de travail occupés. De 1986 à 1999, dernière date connue, le nombre de postes de travail occupés a augmenté de 108.283 unités. Dans cette statistique, un poste de travail est compté pour une unité qu'il soit occupé à temps plein ou à temps partiel. Il peut même y avoir des doubles comptages dans la mesure où un même travailleur est occupé à temps partiel dans des établissements différents. L'idéal serait de pouvoir disposer des équivalents temps plein, mais cette statistique toute récente ne permet pas encore des comparaisons dans le temps.

En treize ans, le nombre de postes de travail occupés a augmenté de 14,3 %, soit une moyenne annuelle de 1,10 % par an. Le rythme a cependant été plus important au cours des trois dernières années avec près de 1,5 % par an. L'année 2000 ayant été une année de haute conjoncture, on doit s'attendre à une croissance au moins aussi forte.

Cette croissance globale cache cependant des différences profondes. Différences entre hommes et femmes, différences entre secteurs d'activité et différences entre sous régions.

Emploi masculin, emploi féminin

L'emploi salarié masculin a très peu augmenté sur la période1986 - 1999, seulement 24.687 postes à comparer à l'emploi féminin qui augmente de 83.596 postes. Il faut, sans doute, nuancer cette différence car on sait que au 30 juin 2000, 42,5 des femmes domiciliées en Wallonie et ayant un emploi étaient occupées à temps partiel, contre, seulement, 7,6 % des hommes.

Si on pouvait compter en équivalent temps plein la différence serait nettement plus faible.

Entre 1986 et 1999, le taux de croissance moyen annuel global des postes de travail a été de1,10 % par an, on vient de le voir, mais il a été de 0,41 % pour les hommes et de 2,19 % pour les femmes.

Les raisons qui peuvent expliquer cette différences sont nombreuses mais elles n'ont pas été véritablement étudiées.

L'emploi par secteur d'activité

Les statistiques des postes de travail occupés sont ventilés en très grand détail. On s'en tiendra ici à quelques regroupements.

Près de 70 % des postes de travail occupés ( (exactement 69,3 %) sont situés dans les secteurs des services privés ou publics. L'industrie qui représentait 26,2 % des postes de travail en 1986 n'en représente plus que 17,8 %.La baisse la plus sensible s'est située entre 1986 et 1996 avec -2,0 % par an contre "seulement" -0,85 % par an au cours des trois dernières années recensées. La restructuration des secteurs industriels lourds continue à se faire sentir.

Cependant, certains secteurs comme celui de la chimie ont progressé au rythme de 3,2 % en moyenne par an de 1996 à 1999 alors que la moyenne industrielle, sur cette même période est de -0,85 % par an.

L'agriculture est le secteur qui a connu le plus fort taux de croissance sur toute la période et ce taux reste soutenu. Si la croissance est élevée, elle n'a cependant pas une forte incidence globale, car l'emploi global y est faible et ne représente que 0,5 % de l'emploi total en Wallonie.

L'emploi selon les sous-régions

On ne dispose malheureusement de statistiques géographiquement désagrégées que par arrondissement. Des études sont en cours pour déterminer des bassins d'emploi qui donneraient une meilleure homogénéité que les actuelles entités administratives.

Faute de mieux, en s'en tenant aux arrondissements, on s'aperçoit que sur la période 1986 - 1996,  les arrondissements de Nivelles, Arlon, Bastogne, Marche-en-Famenne et Neufchâteau ont eu une taux de croissance des postes de travail trois à quatre fois plus élevés que la moyenne wallonne; ils sont suivis par Virton, Dinant et Namur qui ont taux double de la moyenne wallonne.

Par contre, sur la même période, Liège (qui a un taux négatif), Philippeville, Mons Charleroi et Soignies se situent à environ la moitié de la moyenne wallonne.

Les choses changent sur les trois années 1996 - 1999. Les arrondissements les plus en retard ou situés autour de la moyenne wallonne entre 1986 et 1996 se retrouvent presque à la moyenne wallonne ou la dépassent, sauf Soignies (négatif), Thuin et Tournai. Les arrondissements luxembourgeois, sauf Arlon, ne se situent plus qu'avec des taux de croissance faibles et même fortement négatifs pour Virton. Nivelles et Arlon sont les seuls à poursuivre leur croissance forte, même si elle est plus faible que la période précédente.

Conclusion

Les mutations industrielles continuent à affecter les arrondissements de première industrialisation, cependant leurs taux de croissance de l'emploi sur les trois dernières années sont équivalents à la moyenne wallonne, hormis la situation de Soignies.

Les arrondissements à dominante plus rurale ne poursuivent plus leur croissance au même rythme important qu'ils ont connu dans la période 1986 - 1996.

Cette première approche de l'emploi confirme que, dans son ensemble la Wallonie a réamorcé sa croissance, qu'elle se développe sur de nouveaux secteurs, y compris des secteurs industriels comme l'aéronautique et l'espace ou la chimie. Cependant, la croissance des activités de service privé reste encore trop faible.

D'autres approches sont encore nécessaires pour pouvoir conforter cette conclusion.

(1) Voir Quatorzième Congrès des économistes de langue française, Les conditions de la croissance régionale, Commission 1, chapitre 7, Projet de zonage du territoire belge. Construction de bassins d'emploi, Y. de Wasseige, M. Laffut, C. Ruyters et P. Schleiper.

Structure par secteurs d'activité

 

1999

%

 

 

Agriculture

0,50

Industrie

17,76

Construction

6,41

Transport Communication

6,16

Services privés

24,30

Administration, éducation, santé

44,88

 

 

Wallonie

100,00

 

 

Taux de croissance moyens annuels par secteurs

 

de 1986  à  1999

% par an

 

 

 

 

Agriculture

2,07

Industrie

-1,75

Construction

1,68

Transport Communication

2,58

Services privés

3,53

Administration, éducation, santé

1,49

 

 

 

 

Wallonie

1,10

 


Taux de croissance moyens annuels par arrondissement

 

de  1986  à  1999

Etablissements

Travailleurs

en % par an

 

 

 

 

 

Nivelles

4,97

3,07

 

 

 

Ath

2,96

1,03

Charleroi

1,54

0,59

Mons

1,14

0,68

Mouscron

3,35

1,46

Soignies

2,12

0,40

Thuin

2,19

0,96

Tournai

2,08

0,81

 

 

 

Huy

2,32

1,45

Liège

1,40

0,04

Verviers

2,04

1,30

Waremme

2,79

2,03

 

 

 

Arlon

2,26

4,02

Bastogne

4,08

3,07

Marche-en-Famenne

3,80

2,98

Neufchâteau

3,08

2,87

Virton

2,58

1,39

 

 

 

Dinant

2,70

1,92

Namur

2,43

1,95

Philippeville

3,33

0,71

 

 

 

Wallonie

2,33

1,10

 

 

 

Flandre

2,47

1,79

 

 


Voir Quatorzième Congrès des économistes, Les conditions de la croissance régionale, Commission 1, chapitre 7, Projet de zonage du territoire belge. Construction de bassins d'emploi, Y. de Wasseige, M. Laffut, C. Ruyters et P. Schleiper.