Les 25 ans d'Eglise & Wallonie

23 November, 2009

BEL ANNIVERSAIRE d’ÉGLISE-WALLONIE

Namur, novembre 2009

De sa 8e journée de réflexion qui marquait ses 25 ans d'activités, le mouvement Église-Wallonie avait annoncé qu'il y consacrerait un de ses bulletins trimestriels. Mais il lui faudra au moins une brochure pour répercuter les  apports des intervenants et participants à sa journée anniversaire.

C'est à Namur, lieu de sa création en novembre 1983, que le mouvement Église-Wallonie a fêté  son premier quart de siècle d'activités. En présence de Mgr Warin, évêque auxiliaire de Namur, membres et sympathisants ont approfondi le 14 novembre 2009 la conjonction entre trois éléments : être chrétiens, wallons, aujourd'hui. Mais en partant de ce qui a été réalisé en 25 ans.

Ainsi, rappel a d'abord été fait des livres, cahiers, dossiers et bulletins qu'Église-Wallonie a réalisés ou édités avec d'autres. Ont aussi été signalés le site internet
www.eglise-wallonie.be

ouvert en 2007 et  le forum de discussion électronique. Ce dernier a, en effet, diffusé depuis 2002 plus de 1300 envois quasi quotidiens contenant, habituellement et d'origines diverses,  plusieurs messages sur des enjeux de société et les relations entre adeptes des diverses convictions religieuses et philosophiques. De même, il a été relevé que ces  problématiques ont aussi été abordées lors des journées de réflexion et dans les interventions du mouvement qui ont appelé  les pouvoirs publics, autorités religieuses et individus à construire une Wallonie à la fois responsable de son développement et ouverte, y compris à travers le fonctionnement des institutions politiques et religieuses.

Mais la journée de réflexion  2009 d'Église-Wallonie a surtout été marquée par l'écoute des contributions d'invités.

Ainsi, une approche socio-économique de la Wallonie a été développée  par Jean-François Husson, secrétaire général du Centre Interuniversitaire de Formation Permanente (CiFoP) et des Congrès des Économistes belges de langue française. Des constats qu'il a présentés en détails, avec recul et aussi humour, ainsi que d'une invitation à aller voir ailleurs, l'orateur a tiré la conclusion que la priorité doit être donnée  à la gouvernance et à des investissements à poursuivre et à développer dans les domaines économique, social et éducatif. Dans ce contexte, il a mis l'accent sur le capital humain.

En complément à cet exposé, Joseph Pirson, directeur d'un établissement d'enseignement, a souligné le besoin de penser l'enseignement obligatoire et non obligatoire d'une manière globale, ainsi que celui de voir quels types de regroupements il convient de promouvoir pour éviter que la pilarisation à la belge ne soit remplacée par la marchandisation du secteur.

Secrétaire générale de l'Action Chrétienne Rurale des Femmes (ACRF), Brigitte Laurent s'est basée à la fois sur une récente enquête réalisée par son mouvement et sur les valeurs portées par l'Evangile pour attirer l'attention sur la précarisation des femmes qui se manifeste tout particulièrement en milieu rural dans les cas des femmes seules avec enfants à charge, des femmes aux emplois précaires ou à la recherche d'un emploi.

Quant à M.  Tryphon Mubanga, arrivé du Congo dans les années '80, il a partagé quelques questions qu'il se pose à partir de sa participation à la vie de l'Eglise chez nous, dont celles relatives à la chute de la pratique religieuse et aux rapports entre les membres du clergé, africains compris, et les fidèles, en relevant que « quand le prêtre déborde, l'église se vide ».

Relevant les évolutions intervenues durant les dernières décennies dans notre société et notamment le fait que l'Eglise catholique et même le christianisme sont  désormais critiqués ou ignorés,  Jean Pirotte, professeur émérite d'histoire à l'UCL, a considéré comme question importante celle de voir  comment témoigner de l'Evangile au sein du peuple wallon. Tout en notant qu'il n'est  pas possible de régler tous les problèmes globaux dans cette cellule du monde qu'est la Wallonie, il a estimé qu'il serait possible et important - notamment de la part de l'Eglise - d'y tenir un langage prenant en compte les droits de l'homme, la dignité et l'égalité des femmes, ainsi que le dialogue interculturel.

Auteur dramatique et athée, Jean Louvet a constaté avec plaisir que le 25e anniversaire d'Église-Wallonie coïncidait quasiment avec celui du Manifeste pour la culture wallonne auquel ont adhéré tant des incroyants que des croyants, du fait que la question régionale a rapproché des Wallons de diverses convictions. Mais il a souligné la méconnaissance existant d'un côté comme de l'autre à propos de l'histoire politique et religieuse ainsi que de la culture de la Wallonie. Cependant, pour lui, il va falloir retrouver ensemble les fondements d'une croyance face au Dieu ou plutôt au faux Dieu qu'est désormais le Marché.

Sur base des diverses interventions, les participants ont relevé les enjeux et actions à considérer comme prioritaires.

En ce qui concerne les institutions politiques et ecclésiales, il a été souligné le besoin de combler le fossé qui s'est creusé  entre les décideurs et les citoyens ou fidèles, ainsi que celui de développer une éducation et une formation dans les domaines politique et religieux. Et cela, en ce et y compris au sujet de l'adaptation des institutions au plan de la Wallonie, mais aussi au niveau de l'Europe, de la Belgique, des provinces et des diocèses.  De là le rôle que  peuvent avoir des mouvements et groupes, même modestes, comme Église-Wallonie, pour envoyer des messages favorisant le débat.

Du point de vue économique, ont été retenus comme enjeux majeurs la responsabilisation des gens et l'inclusion sociale générale - dont celle des jeunes - dans le premier monde qu'est celui du travail. De là des  actions à mener pour tous les âges en matière de formation et d'éducation ainsi que pour favoriser l'adaptation des personnes.

Du point de vue culturel, doit être comblé le déficit constaté à l'égard de la conscience wallonne face à l'avenir de l'autonomie et des compétences de la Région. Soit un enjeu à rencontrer notamment en accentuant l'action d'Église-Wallonie à la base. Ont aussi été relevées comme importantes les relations à avoir avec l'autre, flamand, bruxellois, étranger, ainsi que l'option pour les pauvres avec ses implications dans divers secteurs de la société (économie, santé, enseignement).

Au nom d'Église-Wallonie, son président, Luc Maréchal, a  remercié intervenants et participants pour tous les apports que le mouvement devra prendre en compte afin de rencontrer la « sainte trinité » formée de la fidélité à l'Evangile, de la philosophie des Lumières et d'une analyse critique de l'actuelle société capitaliste.

La célébration du 25e anniversaire d'Église-Wallonie a encore été marquée par un mélange de « poignées de terre » apportées de différents coins de Wallonie, de Bruxelles et de Bolivie.  Ce mélange a été accompagné par trois lectures : celle d'un poème sur ce geste symbolique offerte par son auteur, Joseph Dewez, président du cercle royal littéraire dialectal des Rèlis Namurwès, celle d'une prière attribuée à Pierre Harmignie, doyen de Charleroi tué par les Rexistes, lue par son coauteur Jean Louvet et  celle de la prière pour la Wallonie faite par son coauteur Jean-Émile Humblet, président-fondateur du Mouvement jubilaire.

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Il faudra revenir en tout cas sur la tenue de cette assemblée qui fut aussi un grand moment de ferveur interconvictionnelle, notamment grâce à Jean Louvet.