BHV ! En quoi sommes-nous concernés ?

La question que les Wallons doivent se poser.
15 January, 2010

Il y a des articles qu'un rédacteur en chef regrette d'avoir laissé publier, notamment celui-ci. J'avertirai son auteur de la note liminaire que je pense devoir écrire avant que les lecteurs n'en prennent connaissance. Cet article prouve très bien que la propagande flamande (souvent répercutée par certains médias francophones), joue à plein. Cette description de la Wallonie ne correspond tout simplement pas à la réalité, mais à la réalité de la manière dont une certaine vision de la Wallonie s'est imposée du dehors. Le livre de Michel Quévit le prouve abondamment et les autres sources placées au-dessous de ce texte. Voyez Critique : Flandre-Wallonie. Quelle solidarité ? Michel Quévit (Couleurs livres)

En particulier la phrase: Ici, on vit difficilement, souvent grâce aux soutiens d'une sécurité sociale, maintenue à niveau par les transferts Flandre-Wallonie.

On sait en effet que c'est dans le domaine du chômage en chiffres relatifs et absolus que les transferts sont les moins élevés, à condition que cette idée même des transferts soit correcte, ce dont on peut légitimement plus que douter.
Ceci dit, quel lien entre BHV et la Wallonie, on peut admettre avec l'auteur que c'est aussi très douteux.

José Fontaine, le 6 juillet 2010

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Le premier décembre, j'ai assisté à une messe de St Eloi, à Jumet.

St Eloi, Ste Barbe, célébrations toujours vivaces au cœur des Carolos.

J'ai trouvé avec quelques difficultés, la chapelle de Heignes, un édifice roman important de Wallonie.

Rues tortueuses, maisons aux façades mal alignées, trottoirs de guingois, frontons d'atelier avec les sigles ternis d'entreprises arrêtées depuis longtemps et la façade triste de « L'UNION » fermée par Alken ,il y a peu.

Il y avait foule dans la chapelle. On chantait en wallon pour se souvenir de la dignité perdue, se rappeler l'époque où, à Jumet aussi, se forgeait la prospérité du pays.

La désindustrialisation a frappé, ils sont devenus pauvres et donc, pour certains, méprisables.

«  Le mot wallon décrédibilise. » a-t-on écrit dans La Libre Belgique.

Ici, on vit difficilement, souvent grâce aux soutiens d'une sécurité sociale, maintenue à niveau par les transferts Flandre-Wallonie.

En quoi ces gens sont-ils concernés par les tensions aux limites de Bruxelles ? Que peut leur apporter le combat pour BHV ?

Mauvaise question probablement, puisque personne ne la pose publiquement.

Et pourtant les faits parlent d'eux-mêmes, il n'y a pas de Wallons dans le team négociateur. En cas de deal sur BHV, seule Bruxelles recevrait compensation. Il n'y a donc guère d'intérêts wallons en jeu.

Mais, me dira-t-on, vous mettez en cause la solidarité du front des francophones. Vous oubliez tout ce que Bruxelles vous apporte.

Bruxelles est le premier employeur de Wallonie, certes, mais un employé fidèle doit-il se mobiliser pour les querelles de voisinage de son patron ?

Oui, je mets en question la solidarité francophone telle qu'elle est présentée car il s'agit d'un dogme intouchable et que trop souvent les dogmes tendent à mobiliser un groupe fragilisé pour la défense des intérêts d'un groupe dominant.

Permettez aussi que j'élève le débat. Où sont les intérêts de ce pays, de la Wallonie, de Bruxelles ?

Parlons d'abord de la Belgique.

Je suis convaincu que nous pouvons vivre avec les flamands, et il me semble aberrant que deux peuples (il aura évidemment de bons esprits pour dire que les Wallons n'existent pas.) qui vivent sous les mêmes souverains depuis 500 ans, qui ont bâti une société commune, non sans qualités, ne puissent continuer un vivre-ensemble, alors que celui-ci ne fut jamais entaché de violences importantes !

Et alors que certains proclament que les Slovènes, les Kosovars ou même les Turcs et nous, c'est pareil.

Je vous dirai aussi que j'ai des amis flamands, dont j'apprécie l'amitié souvent si profonde. « Een vlaamse vriend is goud waard".

Certes, ils sont souvent plus stricts, moins bon enfant que les Wallons mais les média qui veulent en faire des gens invivables, pratiquent intoxication et désinformation.

La radicalisation d'une partie de l'opinion flamande n'est pas acceptable, mais on peut lui trouver quelques raisons.

Les francophones se veulent plus tolérants mais le sont-ils vraiment ?

Pour beaucoup, l'élimination progressive du flamand dans la périphérie est de l'ordre des choses. Où est le respect du droit des Flamands?

Pour les francophones, disait le professeur Van Parijs, la périphérie est terre de colonisation.

Je suis toujours surpris de voir combien de gens trouvent naturel que les relations entre les cultures se vivent dans une perspective de domination et d'élimination.

A une époque où l'on protège les grenouilles qui traversent les routes au printemps, où, dans mon village de Braine le Château, on a stoppé, pendant près de dix ans, l'assainissement du Hain pour quelques orchidées au flanc d'une colline, on trouve normal que le français fasse tache d'huile dans la périphérie et élimine progressivement le flamand.

Est-ce cela que nous voulons défendre ?

L'extrémisme francophone sur BHV menace autant l'avenir de la Belgique que l'extrémisme flamand.

Il menace aussi ce principe de solidarité belge, que les francophones, à juste titre, veulent préserver dans les négociations sur la réforme de l'état. Solidarité qui soutient les prestations de la sécurité sociale en Wallonie.

Peu de Flamands la remettent en question mais faut-il s'étonner si certains se demandent pourquoi être solidaires de gens qui ont si peu de respect pour leur langue ?

Si les pointus de BHV sont une menace pour la Belgique, ils sont aussi une menace pour Bruxelles car Bruxelles ne peut s'épanouir dans un combat incessant avec la communauté la plus riche.

Je crois aussi qu'il n'y aura d'avenir pour ce pays que si les francophones finissent par admettre le désir des Flamands de défendre leur langue, ce qui évidemment n'autorise pas n'importe quoi vis à vis des francophones de la périphérie, et si notre capitale redevient une vraie capitale, capable de reconnaître et respecter dans leur spécificité, les diverses composantes de ce pays.

L'affaire BHV mobilise la classe politique, use celle-ci dans un combat sans avenir et le pays s'affaiblit.

En 15 ans, le classement des régions belges au sein des régions d'Europe a fortement régressé. La Flandre est passée de la 38° à la 63° place, Bruxelles de la 45° à la 113° et le Hainaut de la 76° à la 145° ( sur 148).

Les Wallons ne peuvent que perdre dans la prolongation de l'affaire BHV et vu la situation dramatique de certaines de leurs régions, ils devraient être porteurs d'un message de modération.

 

Louis Lefebure, ir.

Lic.Sc.Eco.

 

 

Sur les transferts, voir, sur le site:

La fausse réalité des transferts flamands [ un article de 2006 demeuré actuel]

Les données profondément modifiées de la question wallonne (+ les transferts)

Sur le problème de BHV, voir:

« Tache d'huile » bruxelloise et Wallonie

Ouvrir est fermer, fermer est ouvrir

7. Le territoire wallon : un capital à gérer pour maîtriser le devenir wallon (*)