Progrès des régionalistes bruxellois

7 June, 2010

La montée en puissance des régionalistes bruxellois 1 A noter que Parti populaire crédité de près de 9 % veut aussi supprimer les communautésréjouit les régionalistes wallons. Il est clair que si la liste Probruxsel avait un seul siège, ce serait le signal de quelque chose de neuf et sans doute aussi une manière de relativiser quelque part le point de vue francophone en Belgique. Nous avons écrit « francophone » et non wallon. Il y a vraiment une grande différence. On peut comprendre que les régionalistes bruxellois centrés sur la défense de leur région et compte tenu des équilibres belges se tiennent à égale distance des Flamands et des Wallons. Mais il existe aussi chez eux une manière de présenter les choses qui, à cause de cela, ne tient pas compte de toutes les réalités. Car chacun sait que les dirigeants wallons n'ont absolument pas le même discours sur Bruxelles que les dirigeants flamands et la structure du pays le refète déjà profondément.

Il est heureux aussi que les régionalistes bruxellois souhaitent la suppression des communautés. Il l'est moins qu'ils proposent que l'impôt sur les personnes physiques (voir plus bas), soit perçu à l'endroit du lieu de travail.  Il arrive que les régionalistes bruxellois présentent comme un inconvénient le fait que certaines activités se développent à Bruxelles. Car cela impliquerait des coûts spécifiques qui demanderaient  une aide de l'Union européenne et de l'Etat fédéral belge. Soit mais, de manière générale, une Ville ou une Région sont favorables à la croissance des activités sur leur territoire. Et n'exigent que rarement   - jamais ! -  en contrepartie que des collectivités autres que celles de cette Région ou de cette Ville les financent en sus. On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre...

Et, au surplus, les Wallons qui travaillent à Bruxelles, les parlementaires wallons quand il s'est agi de déterminer la ville qui serait le siège de l'administration et du gouvernement  de la Communauté   française, n'ont pas  nécessairement  souhaité que tout se fasse  à Bruxelles, à l'instar d'autres activités économiquement importantes comme une grande part de l'enseignement supérieur, la RTBF, les grandes maisons d'édition, les quotidiens de qualité, bref tout le domaine de la communication.   Un texte que  l'on peut lire sur Bruxsel.info (qui n'est pas la même chose que le parti  politique, même si, fatalement et légitimement, les animateurs en sont proches, mais veulent clairement maintenir la distinction), amène à faire cette réflexion. On peut lire en effet ceci qui n'est pas à proprement parler un élément de son programme politique, mais l'esprit dans lequel raisonne à notre avis la liste Probruxsel :

L'urbanisation de nos économies est un phénomène universel, et la Belgique n'échappe pas à cette règle. Jacques-François Thisse et Isabelle Thomas étudient l'impact de ce processus sur l'économie belge. L'urbanisation de la Belgique fait ressortir un seul et unique pôle d'attraction autour duquel est orientée la plus grande partie de l'économie belge : Bruxelles. La raison est qu'il est nécessaire pour une entité économique de dépasser une certaine taille critique. Or seule Bruxelles, et dans une moindre mesure Anvers, sont capables de dépasser cette taille. Aucune ville wallonne ne s'en approche. Au vu de ce fait, ils peuvent argumenter que la politique wallonne de saupoudrage économique peut s'avérer extrêmement coûteuse à terme. Ils proposent donc de concentrer plus de ressources sur des entités géographiques précises et d'appuyer sur Bruxelles la politique de développement de la région wallonne, à la manière de ce que fait déjà la région flamande. 2

 

Il y a dans ce texte des raisonnements assez inacceptables dans la mesure où c'est presque clairement une invitation à appauvrir la Wallonie (qui n'aurait pas la taille critique ? et sur quels critères ?). Si réellement il fallait qu'à l'attraction spontanée de Bruxelles - ou plus ou moins spontanée -, on ajoute des mesures allant dans le sens de ces affirmations, il faudrait conclure que les régionalistes bruxellois sont encore pires que les nationalistes flamands, Anvers et Bruxelles semblant être les seuls lieux qui comptent en Belgique. Peut-être ne faut-il pas aller jusqu'à les commenter dans ces termes. Et peut-être faut-il se réjouir que des exigences bruxelloises soient présentées, non plus dans l'équivoque d'un front francophone contre les Flamands, mais comme des exigences bruxelloises pures. Cela relancerait le débat - qu'on veut taire aujourd'hui - sur les différences d'intérêt entre Bruxelles et la Wallonie. Autant préférer qu'un point de vue bruxellois se définisse comme tel pour qu'on en parle. Dans l'histoire du mouvement wallon, on a toujours mis en cause l'excessive centralisation de la politique et de l'économie belges à Bruxelles. C'est devenu un sujet tabou aujourd'hui, pour cause de font antiflamand, alors que les intérêts des deux Régions ne sont pas les mêmes et qu'à la faveur du vague dans lequel on demeure à ce sujet, on prend des décisions  qui, même dans le cadre bi-comminautaire belge, sont favorables à Bruxelles comme par exemple en matière  de télévision publique ou de fixation du siège de la Communauté française. Dire que la politique économique wallonne ne serait que du saupoudrage est d'ailleurs absurde. L'aéroport de Liège ou celui de Charleroi  sont à leur place et l'avenir qui leur est promis est brillant, voire plus brillant que celui de Zaventem.   Il y aurait lieu de réfléchir aussi sur le fait que la Wallonie a attiré l'an passé, proportionnellement, plus d'investissements étrangers que Bruxelles et la Flandre.  Et qu'en 2005, 2006 et 2008, la balance commerciale  wallonne était   positive alors qu'elle était négative pour les deux autres régions ces trois années-là.  Pour 2008, la balance commerciale wallonne est positive à raison de 9, 5 milliards d'€ tandis que Bruxelles (-6,4 milliards) et la Flandre (-9,3 milliards), ont une balance commerciale  négative. 3

Quand on lit le dernier livre de Michel Quévit 4, on a très nettement le sentiment que (peut-être du fait du poids  de la Flandre d'ailleurs), certaines activités n'auraient pas  pu se développer réellement en  Wallonie comme l'aéroport de Liège, celui de Charleroi et la croissance autonome du Port de Liège, pour ne citer que ces deux exemples qui ne sont en rien les caricatures que veulent imposer des gens comme Jacques-François Thisse et  Isabelle Thomas.

Oui aux régionalistes bruxellois sur le plan institutionnel, mais Bruxelles doit rester à sa place  et, dans la logique même du régionalisme, accepter  de perdre progressivement  certains des avantages liés au fait qu'elle a été la capitale d'un pays extrêmement  centralisé, trop centralisé. Il n'y aurait pas de justice entre Flandre, Bruxelles et Wallonie si on écoutait certains, pas seulement au Nord du pays, mais aussi au Centre. Notamment en matière de financement régional  il y a des choses qui révoltent.  5

Mais cela peut relancer le débat en ne le limitant pas à un affrontement entre francophones et néerlandophones dont  la poussée régionaliste bruxelloise démontre  que c'est irréaliste et injuste.

  1. 1. Telle que la décrirait le sondage de La Libre Belgique du 7 juin dernier mais dans les 11% des "autres francophones", il existe de très nombreuses listes dont quelques listes d'extrême-gauche et Probruxsel. On verra...
  2. 2. Voyez surtout le paragraphe Réformer  sans tabous  Questions 3 : Bruxelles.
  3. 3.  La Wallonie sauve la Belgique
  4. 4. Critique : Flandre-Wallonie. Quelle solidarité ? Michel Quévit (Couleurs livres)
  5. 5. Voyez  Probruxsel et son programme.