Pour mieux situer la crise présente (6/1/2011)

6 January, 2011

[Ce 6 janvier, anniversaire du sac de la gare des Guillemins à Liège par la classe ouvrière wallonne en révolte... Nous rassemblons des données permettant de comprendre la crise actuelle et de mieux la situer, la recherche des dossiers sur ce point précis demandant plus de temps.]

Il y a plusieurs choses dont on ne tient pas assez compte. Notamment le fait que l'Etat belge est déjà privé de 50% de ses compétences étatiques qui ont progressivement été transférées comme telles  (c'est-à-dire comme s'il s'agissait de transferts de compétences à un Etat complètement indépendant), à la Flandre et à la Wallonie qui existent effectivement à certains égards comme des Etats déjà indépendants

Aucune personnalité belge n'envisage une scission brutale, les intérêts de chaque partie étant trop grands dans l'aventure, et même peut-être plus ceux de la Flandre que ceux de la Wallonie. Même les Flamands les plus radicaux admettent que la scission complète du pays prendrait encore plus de temps que l'accord actuel qui se fait attendre et qui, s'il ne se fait pas, sera remplacé par un accord sur la scission qui sera certes difficile à mettre en oeuvre.

Beaucoup de Belges mettent en avant - hélas! car c'est un mauvais raisonnement - l'idée que la Belgique serait comme un modèle de l'Europe, alors qu'elle s'est divisée bien plus dramatiquement qu'hier en 1950 (une grève générale contre le roi la monarchie en perdant le pouvoir qu'on lui attribue encore) et en 1960 (une grève générale de 5 semaines avec a mobilisation de près de 40.000 militaires).


Les problèmes entre Wallons et Flamands prennent certes la couleur du temps, mais ils en ont pris bien d'autres dans bien d'autres temps (avant 1914, après, après 1945 etc.). Il faut le souligner parce que l'Europe toute entière connaît ces questions qui jusqu'à un certain point sont indépendantes de telle ou telle conjoncture historique. Il suffit (à la limite) de consulter un bon dictionnaire pour se rendre compte que les régionalismes ne sont pas liés à la conjoncture actuelle : 13 jeunes Etats d'Europe, 47 millions d'habitants.


La Wallonie n'est pas sans atouts même dans les versions les plus pessimistes qui ne sont quand même jamais établies que "toutes choses restant égales par ailleurs" et qui ne tiennent pas compte de la mise en oeuvre d'un accord sur la scission par exemple. On peut consulter à cet égard Les données complètement modifiées de la qquestion wallonne ou encore Quand la Wallonie est en tête du peloton belge voire européen et la page dédiée à l'économie

On étudie aussi  la question de la gestion internationale de la scission du pays. En fait, ce n'est pas parce que la Convention de Vienne n'a pas été ratifiée par la Belgique qu'elle ne s'appliquerait dans son cas.

Enfin, il semble important de prendre en considération le fait que l'on établit son jugement sur le passé. Or celui-ci est mal compris des Wallons qui s'imaginent que la Belgique est pour eux un Etat protecteur alors qu'il a depuis près d'un siècle contribué gravement à  son affaiblissement systématique.

Ce qui permet justement d'envisager un avenir libre avec plus de sérénité.

Ajout du 26 janvier 20011

On devrait cependant se rendre compte en fouillant l'histoire que le blocage actuel était en quelque sorte appelé par celle-ci à se produire. Les illusions entretenues sur le caractère superficiel des contradictions entre Flandre et Wallonie mériteraient une bonne fois pour toutes d'être rangées aux accessoires des illusions:

Ajout de ce 26/1/2011

La Belgique a (déjà) disparu (éditorial de République n° 1, avril 1992)

Le gouvernement provisoire wallon de 1950   (version originale - avec notes - de l'article publié dans l'Encyclopédie du Mouvement Wallon, Tome II)

La Belgique se déchire à la bataille de la Lys (23/5/40-28/5/40) (article "plaque tournante" des graves contradictions de la campagne des 18 jours: les soldats wallons et flamands n'ont pas la même attitude)

La grève du siècle (décembre 1960-janvier 1961), aurait pu établir plus vite le fédéralisme: le tropisme belgicain des socialistes wallons l'a empêché et nous le payons aujourd'hui, en quelque mesure: les partisans de l'unité en ralentissant des mesures plus progressives sont responsables du déchirement actuel, quoi qu'ils disent, et notamment Joëlle Milquet ou sa comparse bruxelloise du PS...