Réflexions sur la crise actuelle belge par H. OPPLIGER belgo-suisse, âge 84 ans, à Liège depuis 55 ans

26 January, 2011

[Nous avons toujours eu de bons rapports avec nos amis de Suisse romande et des conseils sur la manière de bâtir le fédéralisme en Belgique. Bien entendu cette revue n'a certainement pas pour objectif le maintien de la Belgique mais prioritairement   de s'inscrire dans le mouvement populaire et ouvrier qui depuis 1961 propose une solution autonomiste et de gauche à la question nationale.  Il était intéressant par-delà cela d'entendre les conseils d'un ami de Suisse qui connaît très bien notre pays et la Wallonie sans pour autant la mettre au centre de ses préoccupations. Nous ne sommes pas sûr que la Wallonie n'a pas d'ambitions même si ses dirigeants sont politiquement muets depuis que D Rupo a pris le pouvoir pour faire taire tout le monde au PS. Nous laissons la responsabilité à  H. OPPLIGER de certaines de ses analyses que nous ne partageons évidemment pas toutes, surtout sur le rôle des provinces.]

TOUDI, revue wallonne et républicaine]

Trouver des solutions à la crise  dépasse le rôle de sept ou huit conspirateurs qui mijotent en secret des solutions qui ne tiennent pas compte des aspirations de la population. Avant toute négociation des  principes doivent être définis :

La Belgique est organisée actuellement en une fédération à deux composantes. Pourquoi cette fédération ne satisfait-elle pas tout le monde ?

La composante la plus faible est dominée radicalement par la composante la plus forte. 42 % contre 58 % ne font pas le poids.. La région flamande peut donc imposer au gouvernement fédéral les décisions qui lui conviennent. Une confédération ne serait elle pas plus efficace ? Une confédération pourrait être constituée de deux manières. : trois régions souveraines: la Wallonie, les Flandres et Bruxelles. Cette solution faciliterait la dissolution de la Belgique à long terme. La Flandre pourrait déclarer un jour son indépendance. La deuxième possibilité pourrait consister en transformant les provinces en entités confédérées à l’image des Cantons en Suisse. Dans ce cas, la Flandre renoncerait définitivement à devenir un Etat souverain. Bruxelles serait à inclure dans la province unifiée et bilingue du Brabant qui serait reconnue comme entité souveraine de la Confédération belge. Il n’y aurait plus de gouvernement flamand, ni wallon. ni bruxellois. Cette deuxième solution nécessiterait une nouvelle définition des frontières des provinces et leurs appartenances linguistiques ; néerlandais, français, allemand ou bilingue.

Que souhaitent les parties de la fédération présente et quels sont les obstacles majeurs empêchant une entente? L’ambition de la Flandre est connue. Elle veut  devenir une région de la Communauté Européenne qui sera riche et performante et pour atteindre cet objectif elle estime nécessaire de se défaire de la communauté francophone qu’elle considère comme un frein, parasitant son expansion, l’appauvrissant et l’empêchant de mettre en œuvre les outils d’action nécessaires à son épanouissement. Les parties actuellement fédérées doivent exprimer clairement si les tractations nécessaires et  à entreprendre doivent constituer des marchepieds vers  l’indépendance de la Flandre ou vers une confédération.

Les deux parties sont conscientes du problème posé par la semi-région de la ville de Bruxelles et de son environnement. La Flandre s’oppose à transformer cette demi-région en une région souveraine. Les deux parties de la fédération sont  conscientes qu’en cas de scission de la Belgique ou en cas de la création d’une confédération,  le cas de Bruxelles pourrait conduire à une mini-guerre civile, avec des conséquences très préjudiciables. Les Flandres, accepteraient-elles l’existence d’entités bilingues et la suppression des régimes de facilités dans les provinces ?

Les deux parties accepteraient-elles de remplacer le régime démocratique représentatif par le régime démocratique participatif, en introduisant les votations populaires. Lorsque les hommes d’Etat en charge de résoudre la crise actuelle auront répondu aux questions ci-dessus et, que les réponses proposées aux questions auront été approuvées avec une majorité significative par une consultation populaire, on pourra entamer la recherche des moyens nécessaires à la réalisation des solutions à long terme. La Belgique est réputée pour son art de concevoir des compromis. La politique belge a atteint un niveau qui n’en permet plus. Le compromis entre deux partenaires laisserait deux insatisfaits, deux vaincus et les politiciens belges ont tellement cumulé les compromis, donc des insatisfactions que de nouvelles insatisfactions insupportables  conduiraient à des conflits structurels si graves que toute cohabitation deviendrait impossible. Celle qui sévit actuellement représente un point culminant qui conduira vers des solutions basées sur  des nouveaux fondements de l’Etat belge ou sur sa disparition. La crise que traverse la Belgique ne représente qu’un épisode de l’histoire de l’évolution de la politique belge. Bruxelles, revendiquée par la Flandre comme capitale de la région flamande, pose le problème de l’acceptation du bilinguisme. La paranoïa flamande d’imposer leur langue à toute personne installée dans  ce qu’ils considèrent leur territoire, ainsi que leur allergie à tout ce qui concerne le bilinguisme constitue une pierre d’achoppement importante à la cohabitation des deux communautés.  Cette énumération de faits marquants l’histoire belge est bien sur loin d’être exhaustive.

La confrontation majeure qui a eu lieu lors de la fixation des frontières linguistiques et de la reconnaissance des droits au bilinguisme pour une partie de la région bruxelloise ont laissé des blessures qui sont loin d’être guéries et risquent de s’enflammer à nouveau avec une violence accrue. Les négociateurs actuels doivent changer rigoureusement de technique. Ils doivent prendre clairement position sur des points essentiels :

Etabli-t-on  une confédération avec trois unités : la Wallonie, la Flandre. , les pays germanophones, Bruxelles étant incorporé  à part entière à la Flandre ? La Flandre accepte-t-elle à donner un statut de région entière à Bruxelles ? La région bruxelloise peut-elle  être élargie ? Souhaite-t-on établir une confédération avec les provinces ?

La Flandre veut-elle quitter l’Etat belge ?

Accepte-t-on  le principe des votations populaires et la démocratie participative.

S’oppose-t-on  catégoriquement aux votations populaires et à la démocratie participative. Il serait utile de s’inspirer de la constitution helvétique, un copier-coller nécessiterait peu d’adaptations.

Il est temps que les chefs politiques comprennent que la population ne supporte plus leurs tractations secrètes, leurs discussions d’une stérilité ahurissante car les politiciens ne s’adressent pas à l’autre mais à eux-mêmes. Il est grand temps que les chefs politiciens abandonnent leur égocentrisme et leur narcissisme. Organiser un Etat n’est pas une affaire de hobby, ni une réalisation de ses propres rêves. Ils doivent apprendre avant tout, à poser les bonnes questions et oser avancer les réponses adéquates. La nouvelle organisation doit rencontrer le mieux possible ce que la majorité significative de la population souhaite.