La RTBF va-t-elle plus que jamais censurer la Wallonie ?

Toudi mensuel n°58, juillet 2003

Il y a actuellement à la RTBF un resserrement des boulons par la particratie qui effraye un peu. On lira ce que pense François André de la tactique du MR dans la prochaine partie qui se joue et qui sont les élections wallonnes de 2004.

Ceux qui ont connu le passage de Perin, Gol et Knoops du Rassemblement wallon au Prl(w), savent que la Wallonie – qui compte pourtant tant de grand militants libéraux – n’a plus à compter sur cette droite-là. D’ailleurs, la Wallonie n’a jamais pu compter sur la droite… Récemment dans De Standaard, Guido Fonteyn expliquait que la venue de Daniel Ducarme au ministère (enlevé de manière fort inélégante à Richard Miller – le ministère de la RTBF), avait aussi comme signification de stopper tout transfert de moyens médiatiques vers la Wallonie. Nous avons déjà dit que la CGSP wallonne voyait dans le Plan Magellan une tentative ouverte de recentralisation à Bruxelles mâtinée de néolibéralisme.. Pour Guido Fonteyn il s’agit là aussi d’une stratégie appuyée par Olivier Maingain, le président du FDF, un FDF qui rappelle de plus mauvais souvenirs encore aux Wallons. O.Maingain n’hésite pas à dire qu’en toute hypothèse il préférerait être citoyen français que citoyen d’une République des bords de Meuse.

On ne pourrait être plus aimable…

Est-ce antibruxellois de souligner ces choses ? Absolument pas ! Il n’y a aucun discours antibruxellois en Wallonie consistant à dire par exemple qu’on voudrait bien devenir n’importe quoi, sauf bruxellois. Contrairement à ce que l’on dit si souvent, il n’existe pas de discours antibruxellois politiquement opérationnel. De la rogne et de la grogne chez certains Wallons demeurés encore au stade provincial, peut-être. Mais cela n’a guère d’intérêt.

D’ailleurs le discours antiwallon est tenu aussi bien par des Flamands que des Bruxellois et même des Wallons. Beaucoup de Wallons même.

La RTBF s’est lancée dans une opération de censure assez extraordinaire, imposant à ses journalistes, en des heures et des heures de reportage, de ne jamais prononcer le mot « wallon » ou « Wallonie » à propos de Justine Henin. C’est même un véritable exploit. La seule télévision dans le monde entier qui n’ait rien dit de l’identité wallonne de notre Juju fut la RTBF. On a pu vérifier sur Internet que les journaux, aux USA, au Canada, en Grande-Bretagne, en Espagne, en Flandre saluaient la victoire de la Wallonie. Mais dans notre propre pays, pour notre propre télévision, nous n’existons pas.

On pourra dire ce que l’on veut du caractère apparemment futile de la chose. Ce ne l’est déjà pas quand on veut bien admettre que l’identité des peuples est une chose importante et la reconnaissance en général dans les relations humaines. Nous payons une télévision qui nous nie. Les responsables de la RTBF se rendent-ils compte que, pour ce qui est du match de Juju,, beaucoup de jeunes ont décidé de le regarder sur d’autres chaînes ? Que sur notre Forum, les premiers à venir nous féliciter furent des Flamands ? Qu’après tout, on pourrait se passer de regarder la RTBF.

Du chauvinisme nos remarques ? Attention ! il en va de même ainsi de bien d’autres réalités comme en politique, les Sommets de l’organisation planétaire « Francophonie » de 50 États financée au troisième rang par les Wallons et où le nom de notre pays n’est même pas mentionné ! Du domaine culturel où le cinéma wallon perd également son nom…

Jacques Dubois a écrit dès 1998 que ces pratiques étaient contraires à l’esprit du fédéralisme… Et il y a de fait quelque chose de vraiment révoltant en tout ceci. Les meilleurs juristes savent que la Wallonie (ou la Flandre) sont un peu inclassables en droit international puisque, quoique seulement États fédérés, elles peuvent signer, sans contrôle fédéral, des traités internationaux avec des États souverains. Il n’y a donc pas de terme usuel pour désigner le statut exact de la Wallonie sauf peut-être une expression que nous forgerions : la Wallonie est un État semi-indépendant, comme la Flandre. C’est tellement vrai que dans certains Conseils de ministres européens, dans les matières de la compétence de l’État wallon (ou flamand), ce ne peut jamais être qu’un ministre de l’État wallon ou de l’État flamand (ou de Bruxelles comme État-région) qui peut siéger. Flandre et Wallonie (Bruxelles éventuellement), s’accordant sur la position commune à défendre, ce qui est aller très loin dans le confédéralisme. Ces matières ne sont pas secondaires, il s’agit du commerce extérieur, de l’agriculture, de la culture, de l’enseignement, de l’aménagement du territoire, des pouvoirs locaux, des matières sociales (demain la coopération au développement), et justement du sport et de la jeunesse.

Il en va de l’indépendance de la Wallonie comme de bien d’autres évolutions historiques sur la longue durée. La langue est un de ces phénomènes frappants. Quand a-t-on eu conscience en France et en Wallonie que l’on y parlait le français ? Au moment du serment de Strasbourg en 843 ou au moment où un auteur anonyme écrivait (en 887), la Cantilène de Sainte Eulalie ? (Le serment relève d’une procédure publique et politique accomplie par la « France » et la Cantilène est selon l’Italien d’Avalle un texte « wallon »). Ou au moment où la majorité des habitants de la Wallonie et de la France parlèrent le français, ce qui se situe en tout cas après 1920 ?

>Mystère des commencements, même pour les réalités institutionnelles. Clovis, si fier d’être nommé « Consul », ne « savait » pas que l’Empire romain d’Occident avait disparu. Les Français et les Anglais débarquant à Suez en 1956, ne « savaient » pas qu’ils ne relevaient plus de deux grandes puissances mais que l’Amérique et l’URSS dominaient le monde, système dont nous avons vu la fin 43 ans plus tard…

En 1960, les régionales de la FGTB, ralliées au fédéralisme durant les années 50, dirigèrent une grève générale dont elles espéraient des réformes de structures leur permettant de contrôler le développement économique en Wallonie. Mais le fédéralisme – un fédéralisme bien dérisoire par rapport à ces ambitions – ne commença à se mettre en place (bien timidement), que vingt ans plus tard, d’une manière qui n’était pas adéquate à l’impérieuse pression populaire de 1960, au demeurant irrémédiablement essoufflée par toutes les mutations dont s’empare le néolibéralisme pour rendre dérisoire l’action étatique. Soit l’action publique d’un État souverain, soit celle d’un État fédéré.

La Wallonie aurait dû être semi-indépendante en 1965-1970. Elle l’est quarante ans plus tard et nous nous en apercevons à peine.

Jacques Yerna dont l’action déterminante vient d’être mise en valeur par deux jeunes chercheurs, sans désespérer de la Wallonie, peut estimer que ce qui se vit présentement n’est pas exactement ce pourquoi il avait lutté.

Francis Biesmans, président du Mouvement Socialiste wallon, citait le sociologue anglais Thompson dans notre numéro 6 annuel : « Les hommes combattent et perdent la bataille et la chose pour laquelle ils avaient lutté advient malgré leur défaite. Quand elle vient, elle se révèle être différente de ce qu’ils avaient visé et d’autres hommes doivent combattre pour ce qu’ils avaient visé sous un autre nom. »

En cette période où la personnalité de Jean Moulin n’a jamais été aussi immense, où la geste wallonne de juillet 1950 se justifie plus que jamais au regard impartial de l’Histoire (les publications des mémoires d’André De Staercke), souvenons-nous très fort qu’il ne faut jamais « cesser le combat ».

 

 

Nous pensons que Didier Hamman de la chaîne Sud-presse (édito ci-dessous suite à la victoire de Juju), devrait proposer un protocole langagier à la RTBF qu’elle pourrait mettre en œuvre, étant donné son extraordinaire compétence en matière de jésuitisme communautaire – et nous le disons très sincèrement. Mais l’honneur de l’avoir pensé devrait revenir à Didier Hamman qui ne nous en voudra pas, lui non plus, d’admirer ce texte qui est un exploit et pas d’huissier mais de journaliste du… Sud-du-Pays.

Sire voici les nouveaux Belges...

 

Quel ravissement. Pas un coq wallon, pas un lion sur les drapeaux brandis par nos supporters à Roland Garros. Mais des drapeaux belges. Dans sa joie de retrouver son pays uni à Paris, le roi Albert II s'est même laissé aller à quelques bisous sur les joues de Justine et de Kim. Pas fréquent. Indiscutablement, la fierté d'être belge dominait le central et dépassait toutes les chicaneries politiciennes dont les citoyens - désireux d'efficacité - sont saturés. Cette finale est riche de symboles. Le plus évident serait celui du retour en force du sentiment belge. Mais à y regarder de plus près, la conclusion n'est pas aussi évidente. Après tout, Justine et Kim ont atteint des sommets grâce à leur fédération ... qui, bien que restée royale, est divisée en deux ailes linguistiques (AFT et VTV), à l'instar de nos institutions en somme. On pourrait en conclure que les Belges ne sont jamais aussi forts que lorsque Flamands et Wallons font leur « popote » dans leur région. Séparées, de bonnes organisations dynamisent la Belgique plutôt que de l'affaiblir. L'autre symbole touche les francophones de Belgique et singulièrement les Wallons. Justine incarne ce qu'est notre communauté à l'échelle du monde. Un « petit bout » bien incapable de rivaliser en force avec la plupart des autres grand(e)s de ce monde. Qu'elles soient américaines ou... flamandes! À la loi du plus fort, quels arguments oppose Justine? Une rage de vaincre. Une détermination sans faille. Et surtout énormément de travail sans lequel le talent n'est qu'une vilaine manie, dit-on. Justine ne l'a pas encore réalisé, mais elle est désormais un modèle pour les jeunes du Sud du pays.