Un pétition d'une stupidité ignominieuse

Non à la Belgique de papa
6 novembre, 2010

Une très regrettable pétition vient d'être mise en ligne sollicitant les Wallons (très peu mais ils marchent et ils marchent hélas! en grand nombre), et  les invitant à défendre la région bruxelloise alors qu'un sondage récent démontrait toutes les réticences des mêmes Bruxellois à s'allier aux Wallons. On ira voir les résultats pitoyables de cette pétition qui recueille évidemment des adhésions de milliers de jobards wallons qui semblent décidément ne vouloir rien comprendre à la situation de la Wallonie. Et qui courent même à la défense de Bruxelles, en n'oubliant pas de spécifier qu'ils sont belges (ce que ne font pas tous les Bruxellois qui sont déjà plus régionalistes que les Wallons). La pétition ose même dire que la Belgique de papa fonctionnait mieux que la Belgique actuelle. Allez voir si vous êtes de bonne humeur aujourd'hui ces Wallons suicidaires qui ne veulent rien de mieux ni rien de plus que de garder un pays qui les a fait crever, seul le fédéralisme permettant à la Wallonie d'éviter la mort sans phrases.1 Il ne s'agit pas évidemment de mettre en cause le geste de défendre Bruxelles mais il y aurait peut-être mieux à faire en Wallonie que de se préoccuper seulement de la défense de Bruxelles. Nous pensons que beaucoup de Wallons n'auraient tout simplement rien signé s'il s'était s'agi d'eux-mêmes. Aliénation! Complexe de colonisés! On lit dans la liste des signataires un certain nombre d'intellectuels qui n'ont pas hésité une seconde à condamner le populisme flamand sans comprendre qu'ils sacrifiaient eux-mêmes au plus stupide et au plus aveugle des populismes belges. Le nationalisme qui pourrit ce pays n'est nullement le nationalisme flamand mais le nationalisme belge. Qui, en plus d'avoir tous les défauts du nationalisme est de surcroît un nationalisme d'ignorants et de perdants.

 

Réponse

 

Tout en étant d'accord sur l'objectif des trois Régions et sur l'autonomie de Bruxelles qui doit se diriger elle-même, indépendamment de la Flandre et de la Wallonie, je ne peux pas être d'accord avec l'idée que la Belgique de papa fonctionnait mieux que l'actuelle, car elle  a vu le détournement des fonds publics en faveur de la Flandre tel que décrit par Michel Quévit, un détournement dont certains effets sont encore mesurables jusqu'en 2014 (les fonds structurels européens) et qui a plus d'un siècle d'exploits à son actif.

Flandre-Wallonie. Quelle solidarité?

La Belgique de papa n'a en nulle façon protesté contre le maintien des prisonniers de guerre wallons en Allemagne (et mon papa en était... tant qu'on parle de "papa" ...). Ce n'est pas elle qui a dressé le barrage et le veto sanglant du peuple wallon au retour du roi fascisant et pro-hitlérien Léopold III en juillet 1950. Elle a laissé se déstructurer l'industrie wallonne, elle a longuement combattu le fédéralisme wallon, défendu une logique de centralisation absurde dont la principale  victime  est le pays wallon où les relations Nord-Sud ont pris le pas sur les relations Est-Ouest fractionnant de cette manière son territoire (tout qui se rend compte du réseau des lignes de chemin de fer ou des autoroutes en Flandre peut constater que la centralisation belge n'y a pas le même effet  car les grandes villes flamandes sont liées les unes aux autres) , elle  a mobilisé 18.000 gendarmes et 18.000 militaires pour venir à bout de la grève de 60-61 réprimée avec une brutalité sans précédent (2000 arrestations de membres de piquets de grèves dont le séjour en prison a duré bien plus que le temps d'une arrestation administrative, certains en furent marqués à vie...), plus de morts qu'en 1950.

Elle a vu la ruine complète de ma région  natale, le Borinage, où en deux ou trois ans 50 % (entre 1957 et 1960), des emplois ont disparu en raison de la fermeture de ses mines, les seules qui aient diffusé leurs richesses dans le pays tout entier (cette formule est utilisée ad nauseam par certains Bruxellois [depuis 2000] qui, de plus, affirment contre toute logique économique que les navetteurs à Bruxelles ne rapportent rien à Bruxelles - alors qu'ils viennent à Mons, Liège, Charleroi  en Ardenne et Namur avec les entreprises où il sont occupés non de Dieu!!!). Personne n'a jamais songé dans le "pays tout entier" à reconnaître la dette que celui-ci avait à l'égard des mineurs borains, ni d'autres bassins charbonniers wallons.

Aucun "refinancement" n'a jamais été exigé par eux.

La Belgique de papa  a accompagné sans réagir et sans la mettre en cause la politique de développement à sens unique de la Flandre orchestrée depuis les lois d'expansion de 59 de G. Eyskens.

Elle a poursuivi et approfondi la tenue en minorité de la Wallonie contre laquelle Vandervelde s'insurgeait déjà avant 1914.

Il est opportun de défendre le point de vue régionaliste bruxellois mais pas de cette façon qui est autiste. Notamment en glorifiant une Belgique de papa dont Martin Conway a bien montré (dans sa remarquable synthèse précédant son Degrelle et la collaboration en Belgique), qu'elle avait pu organiser sur le sillon Sambre-Meuse l'une des plus féroces exploitations de la classe ouvrière en Europe. Voyez à cet égard le film Misère au Borinage (dont l'intégralité est sur la toile).

Critique: Misère au Borinage de Storck et Ivens

La Belgique de papa c'est la lente destruction du tissu social, culturel et économique de la Wallonie. Une Belgique dont les soi-disant humoristes de la RTBF continuent à chanter les louanges après que cette institution - qui n'est pas fédérale pourtant - aient supprimé toutes ses racines wallonnes (suppression des centres régionaux et de Fréquence Wallonie).

La Belgique de papa continue sous les espèces de la Communauté française à  ridiculiser la Wallonie, également sur la scène internationale, en particulier en niant le caractère wallon d'un patrimoine dit "belge" à l'occasion de la présidence belge de l'Europe.

C'est dans un cadre qui hérite de cette Belgique de papa que le chômage est en Wallonie plus du double de celui de la Flandre.

Phénomène qui est imputé, dans un discours semi-raciste, à des traits propres aux Wallons que la presse bruxelloise ne met que très rarement en cause et, le plus souvent, encourage ne serait-ce qu'implicitement (voir l'édito scandaleux d'E.Deffet lors de la catastrophe de Liège en février dernier soulignant que cette fois il n'y avait rien à reprocher aux Wallons... ce cette fois vaut son pesant d'or - d'or noir de mépris).

La plupart des journaux édités à Bruxelles (sauf un peu moins "La Libre" et rarement la RTBF), ne font que reproduire mezzo voce les deux ou trois décennies de mépris organisé  dans le Nord du pays à notre  encontre (les transferts), par le Vlaams Blok. Ils ne se sont jamais vraiment distanciés de ce discours. Ils l'ont même (de fait) reproduit et amplifié, en présentant à temps et à contretemps une image misérabiliste de la Wallonie qui est la seule qui vaille dans les  salons bruxellois, proches des studios et des salles de rédaction médiatiques belges (francophones). Les négociations actuelles avec BDW ont en tout cas l'immense mérite de montrer et même de démontrer l'absurdité de l'incroyable remarque de Serge Govaert dans Le Monde Diplomatique de juin dernier: "la Wallonie vit sous perfusion de l'Etat belge" (en passant quelle tristesse pour ceux qui ont le coeur à gauche de lire ce journal pour d'autres raisons mais d'y lire aussi pliplocquement des analyses et des reportages concernant la Belgique - - ne parlons même pas de la Wallonie... - d'un manque d'intérêt, d'originalité et de pertinence de plus en plus désolants avec le zeste de négation de la Wallonie qui se doit d'accompagner souvent ce gâchis).

Je reste partisan d'une Région bruxelloise autonome et demeure conscient que Bruxelles est en face de défis démographiques et sociaux dramatiques. Mais cela n'excuse pas son autisme.

Je ne signe pas cette pétition. Pourtant, les militants wallons ont été les premiers à répondre positivement et collectivement au manifeste bruxellois de décembre 2006: "Nous existons".

Appel bruxellois: NOUS EXISTONS

Cent Wallonnes et Wallons répondent au NOUS EXISTONS bruxellois

Et on ne les prendra pas en défaut de solidarité avec Bruxelles sauf si cette solidarité leur est présentée dans les formes d'une nostalgie belgicaine d'une Belgique qui a failli faire crever la Wallonie et à laquelle ils ne sont depuis longtemps plus attachés, d'aucune façon.

Vive Bruxelles mais que périsse la Belgique de papa!

 

Pour soutenir Bruxelles, la Wallonie et une régionalisation à trois avec la Flandre qui rompe avec une Belgique de papa en vue de l'entente, de l'avenir et de la démocratie,  participez à

La Wallonie par choix, non par défaut!

(ajout du 11/11/2010)

 

 

 

 

 

 

  1. 1.

    Bruxellois, Bruxelloises...

Une pétition vient d'apparaître en ligne...
Vu les déclarations du Président flamand Kris PEETERS qui déclare que si le pays est scindé les Flamands ne lâcheront pas Bruxelles à cause de sa "valeur ajoutée" et que d'ailleurs c'est la Capitale de la Flandre, je pense qu'il est temps que nous la signons pour nous "remuer" !
Merci aux Wallons qui voudront aider à Bruxelles... en signant cette pétition pour reconnaître que chaque région a le droit de vivre où et comme elle veut et avec qui elle veut...

Bruxelles touche pas à ma région