Hubert Pierlot, ses historiens et… Daniel Olivier !

3 June, 2011

Olivier redonne vie, dans son dernier livre :  De la rive de la critique historique d’un criticiste sur Hubert Pierlot en passant par la dérive de deux historiens, un gouverneur et un journaliste. Editions les « ça-me-dit de l’Histoire », Ansart, 2011, au genre littéraire ancien qu’est la polémique épistolaire, revient ainsi le temps lointain où les mots et les arguments s’aiguisaient comme pour un duel. Personnellement, je reconnais que je m’amuse beaucoup en lisant la fougue avec laquelle l’auteur pourfend les erreurs et approximations d’historiens professionnels ou amateurs mais, plus important encore, les clichés, phrases et expressions toutes faites, bref le style ou plutôt l’absence de celui-ci chez les divers intervenants…

Pas de hasard donc si Daniel Olivier cite, en quatrième de couverture, le style unique de Léo Ferré (Ni Dieu, Ni maître), c’est donc au fil de l’épée qu’il passera le consensus et le conformisme ! Ce qui est révélateur est la lecture des réponses de personnes vivement interpellées par écrit, enfin quand il y en a une, puisque Pierre Van den Dungen n’a rien répondu, sans doute fut-il terrassé ou pétrifié par la missive-missile de Daniel Olivier en date du 15/2/11…

Dans le livre, on pourra découvrir un grand moment d’élégance d’esprit lorsque le gouverneur de la province de Luxembourg qui, on ne sait à quel titre, s’improvisant historien de la campagne des 18 jours se fait rappeler à l’ordre concernant les fonctions ministérielles exactes de Paul Reynaud à la fin mai 1940, sa seule réponse sera d’écrire que c’est sans doute le journaliste qui a mal retranscrit ses propos…

Dommage que Daniel Olivier ne lui ai pas conseillé de s’intéresser plutôt aux événements d’août 1914 qui furent beaucoup plus marquants pour sa province (bataille franco-allemande des 22-23 qui constitue la plus grande bataille de l’invasion de la Belgique, massacres de Rossignol, Ethe, etc., exécutions d’Arlon) que ceux de mai 1940. Interpellé lui aussi, le journaliste incriminé se dédouanera en envoyant les pages Wikipédia existantes sur Paul Reynaud. Et pourtant le 28 mai 1940, Reynaud n'est en effet plus Ministre des Affaires Etrangères, il l'a été du 21 mars au 18 mai puis le sera à nouveau du 5 au 17 juin, lorsque Reynaud prononce son fameux discours sur la capitulation de Léopold III, c'est Daladier qui siège au Quai d'Orsay,..

Par contre, l’attitude de l’historien Thierry Grosbois est éminemment respectable, non seulement il répond sur le fond aux critiques émises mais il reconnaît aussi certaines erreurs tout en maintenant son opinion sur le parcours d’Hubert Pierlot. Même si le style est musclé, c’est aussi par ce genre d’échanges que la connaissance historique de certains événements peut progresser. La Belgique, terre de conformisme et d’inertie, a énormément de mal à admettre des discussions enflammées sur n’importe quel sujet et pas seulement historique, bien sûr cela tient au fossé existant entre la mémoire historique concernant la plupart des événements entre Wallons et Flamands.

Dans un Royaume ne tenant plus qu’à un (gros) fil, il ne faut donc y toucher qu’avec les plus grandes précautions. Pourtant, dans d’autres pays, ce genre de polémique est la norme, elle se répercute dans les revues historiques scientifiques ou grand public ainsi que dans les médias. Prenons l’exemple de l’Irlande, il suffit de lire le courrier des lecteurs du bimestriel « History Ireland » 1 pour y voir les contributeurs se faire vivement interpeller par leurs collègues historiens mais aussi par les lecteurs, le débat historique, par exemple sur le caractère inéluctable ou pas de la séparation avec le Royaume-Uni, la nature religieusement sectaire ou pas de la guerre d’indépendance de 1919 à 1921, y est vivant et dépasse de loin les échanges feutrés entre les « professionnels de la profession »…

La RTBF annonce pour le mardi 7 juin un débat sur l’amnistie, je redoute déjà une discussion qui évitera soigneusement la question centrale, celle de la mémoire historique différente de la Wallonie et de la Flandre, on verra… Terminons par une petite note égoïste, en lisant les remarques formulées par Daniel Olivier, je me suis rendu compte que j’avais évité un certain nombre d’écueils dans mes articles publiés dans le numéro spécial de Toudi sur les faces cachées de la dynastie belge, lâche soulagement de ma part même si, comme l’auteur, je partage l’amour de la polémique et du style, je conclus donc en citant un grand styliste :

« Dans les monarchies, là où règne un seul homme ou un petit nombre (…) les événements, contrairement aux apparences, ont des causes beaucoup plus petites et nombreuses que dans les Etats libres démocratiques. On comprend donc combien il est difficile aujourd’hui d’écrire l’histoire, combien ses ressorts sont obscurs, combien elle se révélera souvent fausse sur bien des points, et donc inutile pour le lecteur, puisque la clef des plus grands événements, l’explication des faits les plus surprenants réside dans la connaissance de mille anecdotes toujours difficiles, et souvent impossibles, à pénétrer. » 2

Les mémoires d’André de Staercke au regard d’un intermittent saltimbanque passionné de critique historique. Discours d'Hubert Pierlot le 28 mai 1940

On peut Le commander au prix de 10 €  AU COMPTE BE60 0001 4642 8570 : EDITIONS "ÇA ME-DIT DE L'HISTOIRE" 23, RUE DU CENTENAIRE, 6730 ANSART, TéL. 063/ 44 61 92

  1. 1. www.historyireland.com
  2. 2. Giacomo Léopardi Zibaldone, Editions Allia, Paris, 2003, p.373