Cinq objections à la République

Toudi mensuel n°24, janvier 2000


1) "Il y a des problèmes plus importants"

La misère du tiers monde, le chômage, la pollution etc. Oui! Mais la monarchie, système symbolique englobant, inspire à la société la manière dont elle se perpétue et en diminue le sens citoyen, déjà brisé par la Pensée unique... Toute opposition à la monarchie ébranle en profondeur: remobiliser les esprits contre le roi entraînera un sursaut de la citoyenneté, la chose essentielle à opposer à la Pensée unique. Les plans techniques (la réduction du temps de travail par exemple que cette revue étudie régulièrement) pour se libérer de la tyrannie du Marché seront vains sans cette mobilisation citoyenne, à même d'alimenter toutes les luttes et d'en hâter à chaque fois l'issue.

2) "Un Président de la République coûterait aussi cher"

La République, ce n'est pas remplacer un Chef de l'État héréditaire par un Chef d'État élu. En Suisse, la fonction de Chef de l'État est exercée à tour de rôle par des ministres confédéraux. Donc...

Au demeurant, nous n'avons jamais mis en cause les " listes civiles " (260 millions pour la Maison du Roi), même si la famille royale est très riche (100 milliards d'avoirs mobiliers et immobiliers). Ce qui choque, c'est le coût social du théâtre monarchique, mobilisant médias, appareil de l'État. Ou encore l'action de la Fondation Roi Baudouin. Le tout permettant des intervention politiques réelles de la monarchie, indiscutées, car couvertes et secrètes, au secours des groupes conservateurs les plus équivoques (Rwanda, avortement, unitarisme réactionnaire... et même jadis: le fascisme).

3) "Le Roi garantit l'unité du pays"

L' idée date seulement de la fin du règne d'Albert Ier. Son fils, Léopold III, obstiné à refuser de voir que son attitude de guerre heurtait la Résistance et les démocrates, et à se maintenir contre les Wallons, fut la cause de dizaines d'attentats à la bombe suivis d'une grève terrifiante qui mena la Belgique au bord de la désunion (juillet 50).

Les citoyens adultes de Flandre, Wallonie et Bruxelles n'ont nul besoin de personnages plus ou moins sacrés pour s'accorder démocratiquement, personnages qui n'ont d'ailleurs même pas joué le rôle d'arbitre qu'on leur prête (leur partialité - droite catholique - est de plus évidente).

["  Le Président serait toujours flamand "]

S'il y avait un Président (même pas nécessaire) celui-ci pourrait n'avoir qu'une fonction protocolaire.

4) "La monarchie disparaîtra d'elle même"

Mouvements flamands et wallons rêvent d'un éclatement rapide du pays qui annulerait la monarchie ipso facto. Mais, même si c'était exact, la monarchie a imprégné nos sociétés d'une mentalité qui continuerait à agir au-delà de l'éclatement. Le combat  doit donc être mené sans attendre.

Le fédéralisme, supposant des peuples contractants une union libre et réciproque (voir la Lettre de Flandre), contredit la monarchie (voir Yves de Wasseige). L'État fédéral, ou un approfondissement des autonomies (confédéralisme), ou des indépendances négociées (maintenant des liens Flandre-Wallonie-Bruxelles), sont des formes d'union (ne serait-ce que dans l'Europe), qui ne se raccrochent pas à un symbole désuet comme la monarchie, mais montent de sociétés  civiles libres. Il faut les promouvoir d'emblée.

5) "Des monarchies meilleures que la République."

Dans les pays scandinaves, par exemple, les monarchies encore quasiment absolues au début du 19e siècle ont été vidées de leur substance par les luttes de la bourgeoisie et de la classe ouvrière, faisant triompher une démocratie et des régimes sociaux exemplaires. Tout cela donc, non pas grâce aux monarchies, mais contre elles.

6) "Avec la République, cela irait-il mieux?"

Ce qui a mené les peuples scandinaves, notamment, à diminuer leurs monarchies, c'est la mise en oeuvre d'un principe démocratique de base. Ce principe possède en à lui-même sa propre  justification et, sauf à renier la démocratie même, il faut toujours parier qu'elle améliore les choses.

Conclusion

La République est une institution mais surtout une perspective du type de celle que développent tous les mouvements d'émancipation. La République vit déjà. En amplifier la vie, notamment par suppression de la monarchie, dynamise  la lutte en vue d'enrayer la marche de nos sociétés à l'injustice et à la servitude.

TOUDI a édité sur la monarchie: Le secret de la monarchie belge (in TOUDI, annuel, n°2, 1988) J.Fontaine et B.Piret (directeurs), Les faces cachées de la monarchie belge, 1991, J.Fontaine, Le citoyen déclassé, monarchie belge et société, avec la revue Contradictions. De nombreux n° ont été consacrés notamment  à la mort du roi  (République, n° 13, septembre 93, aux Joyeuses-Entrées d'Albert II in République n° 14 et 15, octobre et novembre-décembre 93),  un long compte rendu du livre (1000 Pages) de Velaers et Van Goethem Leopold III. De Koning. Het Land. De Oorlog (inédit en français), in TOUDI mensuel n° 7-8 décembre 97, le récit de la fusillade de Grâce-Berleur (TOUDI, mensuel, n° 1 et n°2), etc.