Nous voulons une véritable citoyenneté wallonne

10 février, 2011

 

Thierry Bodson Secrétaire général  de la FGTB wallonne

Thierry Bodson Secrétaire général de la FGTB wallonne (Assemblée wallonne du 22 novembre 2010)

 

La FGTB wallonne est née du combat pour une Belgique fédérale basée sur trois (voire quatre) Régions.

Rappelons-nous la Grande Grève de l'hiver 60-61 et le discours régionaliste d'André Renard : un combat nécessaire à l'époque... et toujours pertinent aujourd'hui.

« Choisir » la Wallonie, ce n'est pas opter pour un régionalisme exclusivement économique. Pour qu'elle prenne son destin en main, il faut que la Wallonie ait en sa possession tous les leviers de son développement. Il est donc temps que notre Région se réapproprie des domaines tels que la culture, l'enseignement...

C'est pour ces raisons que la FGTB wallonne a inscrit dans les résolutions de son dernier Congrès, en mai 2010, le transfert de l'ensemble des compétences de la Communauté française vers la Région wallonne. En effet, la Communauté française est, pour nous, un niveau de pouvoir public qui ne permet pas le développement de politiques différenciées répondant aux besoins spécifiques de la Wallonie, ainsi que de Bruxelles.

Seul un véritable projet de société wallon permettra de développer une « citoyenneté » wallonne à part entière qui tienne compte des spécificités de la Région mais aussi de ses sous-régions.

Un projet de société wallon pour le fédéralisme de demain

Opter pour un régionalisme à large spectre qui développe l'économie, l'industrie, le travail mais aussi la culture, le patrimoine, les médias, l'enseignement... c'est aussi permettre à notre Région d'avoir sa juste place au sein de la Belgique fédérale.

En effet, nous sommes aujourd'hui à un tournant de l'histoire du fédéralisme belge. Le résultat des élections de juin 2010 est sans appel : en votant massivement pour la N-VA, les électeurs flamands ont exprimé leur volonté de réformer l'Etat de fond en comble.

Force est de constater que, si les Flamands ont défini leur vision du régionalisme et comptent bien l'imposer aux autres Régions, les négociateurs francophones, et donc wallons, sont en manque d'un projet de société clair. Par conséquent, les propositions de réformes prennent toujours la même direction (le Nord !) et les francophones avancent « à reculons ». Ils sont sur la défensive et semblent vouloir uniquement satisfaire au plus vite l'appétit vorace - et jamais rassasié - de la N-VA.

En tant que FGTB wallonne, nous voulons que la réforme de l'Etat respecte des principes que nous ne cesserons d'exprimer. En effet, il est avant tout indispensable de maintenir la solidarité interpersonnelle entre tous les travailleurs (actifs et non actifs) mais aussi entre les Régions. Cette solidarité passe notamment par le maintien de la Sécurité sociale et du droit du travail au niveau fédéral. Une solidarité qui est compatible avec la volonté de développement de notre Région.

Par ailleurs, nous refusons catégoriquement que toute réforme de l'Etat entraîne de lourdes pertes pour l'une ou l'autre Région. En effet, si transfert de compétences il y a, il ne faut pas y appliquer un modèle plus approprié à une Région qu'à une autre. Il est en outre primordial d'analyser l'intérêt et la pertinence de tout transfert de compétences envisagé.

Enfin, pour les compétences qui seront transférées, il est essentiel que les interlocuteurs sociaux continuent à avoir leur place et à être consultés. Il est hors de question de mettre à mal la concertation sociale à quelque niveau que ce soit.

C'est en respectant ces principes que la Wallonie de demain peut se faire une place, se construire et se développer.

Telle qu'elle est menée actuellement, la réforme de l'Etat ne simplifie rien... que du contraire !

La plupart des transferts de compétences envisagés se ferait vers les Communautés et non les Régions. Par ailleurs, si les propositions actuelles sont adoptées, nous devons être conscients que la future réforme de l'Etat se fera en défaveur de la Wallonie. La Région y laisserait des plumes en perdant des moyens importants parmi lesquels : 200 millions d'euros en moins en cas de transferts de nouvelles compétences en matière d'emploi, 100 millions d'euros en moins (en 2022) en raison de la modification de la Loi spéciale de Financement. Sans oublier la participation des Régions aux efforts budgétaires et aux mesures d'austérité.

Les transferts de compétences sur la table des négociations manquent donc totalement de cohérence. Pire, on nous fait croire que le développement d'une Région passe uniquement par plus de compétences et plus de moyens... sans donner plus d'autonomie à la Région. Comment améliorer le développement d'une Région si les budgets qui lui sont transférés ne peuvent être dégagés pour des projets, des politiques qui collent davantage à sa réalité économique, sociale et culturelle?