Etre ou ne pas être wallon?

Réflexions d'un historien en marge des débats identitaires
26 juillet, 2011

Historien, professeur émérite (UCL) et président de la Fondation wallonne: www.fondationwallonne.org

Carte géopolitique de la Wallonie

La Wallonie dans le bassin versant de la Meuse

Etre ou ne pas être Wallon ?  C’est cette question existentielle, aussi capitale pour les Wallons que rarement posée de façon pertinente, que nous allons aborder.  Les habitants de Wallonie ont-ils conscience d’exister en tant que tels ?  Doivent-ils, peuvent-ils accéder à une conscience d’être ? 
Nous avons pleinement conscience que les réponses possibles à ces questions sont multiples.  Des réponses de différents types peuvent être avancées : des réponses militantes et polémiques, notamment, qui consistent à opposer tenants et adversaires d’une « identité wallonne » contestée ou affirmée.  Cette problématique est vaine, car on trouvera toujours autant d’avis négatifs pour railler une bouteille à moitié vide que d’avis positifs pour entonner avec lyrisme que la bouteille est bien à moitié pleine.  Nous n’entrerons donc pas ce soir dans ce débat stérile : existe-t-il ou non une « identité » wallonne ?
Mon point de vue en la matière est d’ailleurs clair : aucune des prétendues identités ethno-culturelles n’est un héritage naturel, une sorte de donné de nature ;  ces identités sont toujours des constructions volontaristes.  La Wallonie aura une image forte, valorisante, dynamique et ouverte si les décideurs politiques, économiques, socio-culturels décident de collaborer à sa construction.  Sinon, la Wallonie restera une image en creux, les Wallons une population peu sûre de vraiment exister.

 

Sur les interrogations identitaires, nous avons tous quelque peu suivi les débats animés qui traversent actuellement l’opinion publique en France.  Ici, les débats se posent différemment, mais restent tout aussi passionnés, centrés qu’ils sont sur les problèmes communautaires et l’avenir de l’État belge.  Ancrées dans l’actualité politique brûlante, les réflexions de ce soir se veulent pourtant sereines.  Nous n’entrerons pas dans la politique au sens militant.  Nous prendrons un maximum de recul, le recul de l’historien qui tente de comprendre les situations présentes en les éclairant par le passé.  Les médecins savent que pour comprendre l’état présent d’un patient, une bonne anamnèse reste utile.
L’historien sait que le passé n’est pas monochrome.  C’est un champ inextricable aux mille fleurs et aux mille chardons.  Quant au présent, c’est au citoyen de le construire en faisant basculer les choses dans un sens plutôt que dans un autre.  Rien n’est donc en noir et blanc, tout est composite et nuancé.  Rien n’est définitivement figé, tout est mouvant, en devenir.  Rien n’est donné, tout se construit ou se défait.  Vous l’avez compris, il ne s’agira pas ici de chercher à imposer une réponse unique, mais simplement d’éclairer la problématique.

A. Héritages historiques

 

1. Des populations mixtes

Comme toutes les populations du monde, celles vivant sur le sol de l’actuelle Région wallonne sont issues de migrations anciennes ou plus récentes.  Ce ne sera pas un vrai scoop si je rappelle que les vieux fonds celtiques et gaulois ont été modifiés en profondeur par l’arrivée des Romains depuis César, chamboulés ensuite par les vagues des grandes migrations germaniques et autres depuis le 4e siècle avec, notamment, l’arrivée des Francs.  Je n’insisterai guère sur les autres brassages ultérieurs, notamment les panachages de gènes des différentes armées bourguignonnes, espagnoles, autrichiennes, françaises, hollandaises et autres qui se sont croisées sur ces régions.  Je n’insisterai pas non plus sur les migrations plus récentes, italiennes, polonaises, turques, congolaises ou maghrébines, légitimement constitutives de cette Wallonie d’aujourd’hui.  De quoi faire sourire des lieux communs ethnocentrés exaltant la « latinité » des populations wallonnes !


S’il fallait définir une « spécificité » wallonne, elle serait à chercher du côté des interpénétrations culturelles qui ont fait de la Wallonie un espace de romanité sans doute, mais un espace béant, ouvert sur de nombreux horizons.  La Wallonie diffère-t-elle en cela des régions voisines ?  Pourtant, quelles que soient les disparités d’origine, quelles ques soient les diversités régionales importantes entre un Ardennais, un Gaumais, un Tournaisien, un Liégeois ou un Namurois, il est évident qu’un un « vivre ensemble » séculaire sur un territoire commun assez restreint a façonné des habitudes, a créé des environnements culturels partagés.  Entendons par environnements culturels les divers types de réponses apportées par ces groupes à leurs problèmes de tous les jours, afin de se créer un demain, l’ensemble des formes acquises de comportement dans les sociétés humaines pour s’adapter aux conditions climatiques, physiques, économiques et politiques.

2. Un espace de romanité

Aucune frontière naturelle ne délimite l’espace wallon. Aucune caractéristique géographique ne lui confère une unité naturelle évidente. Aucune frontière politique ancienne ne correspond à ce territoire, si ce n’est que, au hasard des partages et des successions princières, le Lothier créé en 959 dans le cadre de l’empire germanique a préfiguré, mais de façon éphémère et très approximative l’actuelle Région wallonne. 
En dépit de cette porosité à tous les vents et de ces influences innombrables, l’espace géographique de l’actuelle Wallonie présente pourtant une caractéristique essentielle, un héritage maintenu à travers vingt siècles : cet espace est l’avancée la plus extrême de la latinité au nord, avancée qui s’enfonce comme une corne dans les zones de langue germanique.  Flous depuis les grandes migrations germaniques, les contours de cet espace de romanité linguistique se sont précisés peu à peu au cours des siècles pour se stabiliser autour de l’an mil.  Observons cependant que cette apparente unité romane masque en fait une diversité, puisque plusieurs dialectes wallons au sens strict recouvrent globalement quelque 70 % de la carte de la Wallonie politique actuelle : le reste est le domaine d’autres familles dialectales romanes (le picard à l’ouest ; le lorrain et le champenois au sud), avec quelques franges germanisantes (région germanophone à l’est ; région francique au sud-est).  Il est vrai qu’au 20e siècle le triomphe du français, grâce notamment à la scolarité obligatoire, a soudé cet ensemble en gommant les diversités dialectales.  Cette persistance, à travers vingt siècles, de cette pointe romanité comme une presqu’île au milieu de masses germanisantes est d’autant plus significative qu’elle s’est produite, sauf exceptions, en dehors de l’influence politique française.

Il faudra attendre le clichage de la frontière linguistique par les lois de 1962-63, réforme exigée d’ailleurs par l’opinion flamande, pour que cet espace wallon acquière un début de réalité légale.  C’est cette frontière ainsi fixée qui sera reconnue par la Constitution belge révisée de 1971 comme  limite de la Région wallonne.

3. Un nom pour les Wallons et leur espace

Quels noms portaient ces habitants romanisés aux origines croisées, vivant dans cet espace ?  Ces populations portaient des noms divers, mais étaient parfois désignées globalement depuis le Moyen-Âge en référence aux idiomes romans qu’elles parlaient.  La Chronique de l’abbaye de Saint-trond, écrite en latin, l’atteste à plusieurs reprises à partir du début du 12e siècle, en évoquant la langue romane, dite « wallonica » ou « gualonica » parlée par certains abbés de ce monastère.  Remarquons que l’apparition de ce mot dans les textes se situe dans un contexte de différenciation culturelle : il fallait différencier certains abbés de St-Trond parlant des dialectes romans d’autres moines d’expression thioise. Le mot « wallon » lui même eut au 13e siècle plusieurs prédécesseurs proches : walois, walesq.  Au 15e siècle, le mot « wallon » est bien établi comme l’atteste, au cours des années 1470, la chronique de Jean Molinet, historiographe de Charles le Téméraire, mais il désigne au départ la langue romane que parlent les populations de la région. 1

Quelle est l’origine de ce mot ?  La toponymie et l’anthroponymie font remonter ses racines à plusieurs centaines d’années avant le 12e siècle.  Les étymologistes s’accordent pour le faire dériver du mot « walha », nom que donnaient les populations germaniques à leurs voisins romanisés dont ils voulaient se distinguer.  Ce mot « walha » serait entré dans le vocabulaire germanique ancien avant le 4e siècle avant Jésus-Christ, alors qu’il servait à désigner les Volcae, peuple celte voisin des Germains établis près du Main.  Il désigne en fait les Non-Germains.  Il est intéressant d’observer que le nom même des Wallons n’est pas leur création propre, mais leur a été en quelque sorte imposé par leurs voisins germaniques comme marque distinctive.  Peut-être, diront certains, avons-nous là une amorce de cette une identité wallonne « en creux » que d’aucuns ont par ailleurs diagnostiquée. À relativiser toutefois, car les Wallons sont loin d’être les seuls à avoir reçu leur nom de leurs voisins !  On choisit rarement son nom, ce sont les autres qui vous l’imposent.


Il faut toutefois remarquer que les habitants des régions concernées ont jadis assez peu revendiqué eux-mêmes de pouvoir porter ce nom, si ce n’est lorsque se manifestait le besoin de se poser par rapport à d’autres, notamment en situation d’émigration.  On pourrait citer deux exemples révélateurs.  Le premier est celui des Églises wallonnes des Pays-Bas ou d’Angleterre, Églises réformées issues du Refuge, qui subsistent encore sous ce nom et qui descendent des migrations de réformés habitant les régions de langue romane et ayant fui aux 16e et 17e siècles l’intransigeance religieuse dans leurs contrées, notamment les Pays-Bas espagnols.2  L’autre exemple est celui des forgerons de nos régions qui émigrèrent au 17e siècle dans l’Uppland suédois pour y implanter la méthode dite wallonne dans la métallurgie et participer à l’affirmation de la Suède comme grande puissance européenne du temps.  Ces forgerons y étaient connus sous le nom de « Wallons », nom valorisé jusqu’aujourd’hui dans ce pays comme connotant le dynamisme et l’innovation.


Quant au mot « Wallonie », il est beaucoup plus tardif.  S’il a des antécédents latins dans le vocabulaire ecclésiastique au 17e, il ne fut utilisé sous la forme française qu’au 19e siècle.  Créé en 1844 par le magistrat François-Charles Grandgagnage, le mot « Wallonie » restera pendant quatre décennies encore confiné dans les milieux des amateurs de langage.  C’est la revue de poésie symboliste lancée par Albert Mockel en 1886, La Wallonie, qui fera déborder ce nom dans les milieux littéraires ; il entrera à cette époque dans l’usage plus courant, s’imposant avec les débuts du mouvement wallon naissant dans un contexte polémique avec les premiers succès engrangés par le mouvement flamand.  Officiellement l’espace wallon n’a son nom que depuis la réforme constitutionnelle de 1971, non pas toutefois sous le nom de Wallonie, mais sous l’expression un brin dévalorisante de « Région wallonne », le mot « région » charriant des connotations de provincialisme étriqué, clochemerlesque, alors que les entités constitutives de la plupart des États fédéraux dans le monde portent le nom d’États fédérés.3

4. Des institutions récentes

Des institutions communes ?  Les Wallons n’en auront pas vraiment pendant de nombreux siècles.  Sans doute sont-ils globalement et théoriquement ressortissants de l’Empire germanique, mais assez vite le morcellement de cet empire les répartit dans des principautés diverses, dont celle de Liège.  L’unification entreprise par les ducs de Bourgogne au 15e siècle rassemble une bonne partie des habitants de la future Wallonie, dans un même conglomérat de principautés, mais Liège reste l’exception notoire, s’étendant sur plus d’un tiers de la superficie de l’actuelle région wallonne.  Il est d’ailleurs assez curieux de constater que durant l’Ancien Régime les Liégeois ne sont pas considérés comme des Wallons au sens politique, mais bien au sens linguistique. 4


Ce n’est finalement qu’à partir du régime français de la Révolution et de l’Empire, entre 1794 et 1814, que pour la première fois depuis longtemps les populations de l’actuel périmètre wallon vivront sous y un régime politique unifié.  La brève période hollandaise (1815-1830) unira de nouveau les Wallons dans une réaction de rejet d’une politique vexatoire.  Finalement, c’est le régime belge issu de la révolution de 1830 qui donnera aux populations le cadre institutionnel unitaire, d’où surgiront un siècle et demi plus tard les métamorphoses fédéralistes des quatre dernières décennies.
Actuellement les institutions wallonnes existent depuis quatre décennies.  Quel sera leur impact sur le renforcement du sentiment wallon ?  Incontestablement, les institutions belges ont été le moteur du sentiment national belge qui a mis plus d’un siècle pour se constituer… avec il est vrai des fortunes bien diverses voire opposées entre la nord et le sud du pays.  Il est vrai aussi que cette formation d’un sentiment belge avait trouvé de puissants adjuvants dans le romantisme national du 19e siècle et dans les deux guerres mondiales sacralisant l’idée de patrie.
Combien de décennies faudra-t-il aux institutions wallonnes pour arriver à créer chez les Wallons une conscience d’exister ?  Posons, dans un second point, quelques questions sur des réalités qui font écran entre les Wallons et leur propre image.

B. Les écrans

Si l’on fait le point sur cette image de la Wallonie qui n’émerge que timidement au 20e siècle, on constate que les vides et les pleins se succèdent et se balancent. Les pleins sont évidents : la Wallonie possède son espace propre, une population vivant dans des environnements culturels communs, un héritage linguistique commun roman maintenu à travers les siècles, un nom qui a fini par s’imposer et, depuis quatre décennies, des institutions.
Que manque-t-il alors à cette image ?  Où se situent les creux ?  Ils sont béants, tous à rechercher du côté de la symbolique.  Le déficit en criant.  On a parfois diagnostiqué chez les Wallons une sorte d’amnésie.  Le peuple wallon serait-il coupé de sa mémoire ?  Des mécanismes plus ou moins inconscients, complexes et malaisés à définir, ne sont-ils pas à l’œuvre pour occulter le patrimoine wallon ?  Le Wallon ignorerait par exemple les richesses de l’orfèvrerie mosane des 12e et 13e siècles, la brillante école musicale qui va de Lassus à Guillaume Lekeu ou encore l’apport des littérateurs et peintres, hennuyers notamment, au courant surréaliste.  Quels mécanismes d’occultation sont en œuvre lorsque, par exemple, un Wallon se plonge avec délice dans des œuvres régionalistes, provençales ou suisses, comme celles de Giono ou de Ramuz, mais ignore tout de l’existence d’un Jean Tousseul, dont les amples fresques atteignent pourtant l’universel.


Il est évident que, pour maintenir une cohésion entre ses membres, une société a besoin de ressources symboliques, de mythes fondateurs, d’un ensemble de représentations susceptibles d’intégrer les individus à un système de valeurs collectives.  Posons donc quelques questions les faiblesses de cette image dynamique de la Wallonie, les sept péchés capitaux qui handicapent son existence symbolique.

1. Un détournement flamand ?

Y aurait-il un détournement flamand ? C’est un fait que la construction de l’histoire de Belgique a donné la part belle à la Flandre prestigieuse.  L’enseignement, dans l’école devenue obligatoire en 1914, d’une histoire de Belgique n’a guère contribué à la connaissance du patrimoine wallon dans les générations formées avant le troisième quart du 20e siècle.  Le passé des provinces wallonnes, de la principauté de liège ou des comtés de Namur et de Hainaut était laissé dans l’ombre. Dans sa Lettre au roi publiée en 1912, Jules Destrée avait protesté contre ce qu’il appelait le « vol » d’une partie du patrimoine wallon par une utilisation abusivement extensive du mot « flamand » ou « école flamande ».  Son combat, de même que celui du philologue liégeois Maurice Wilmotte, portait notamment sur l’ambiguïté longtemps entretenue par l’usage de l’adjectif « flamand », servant depuis la Renaissance à désigner les productions culturelles de l’ensemble des Pays-Bas, l’actuelle Wallonie comprise.

Quels que soient ses fondements historiques, cet usage ne correspond plus à la façon actuelle de s’exprimer.  Ce combat a-t-il perdu de son actualité ?  Pas totalement semble-t-il car, à titre d’exemple, les musiciens hennuyers de la Renaissance, les Roland de Lassus, Dufay et autres, continuent à être régulièrement annexés dans la Vlaamse musiek.  On parle parfois des tapisseries « flamandes » de Tournai et l’on qualifie à l’occasion de Flamand le graveur namurois Félicien Rops.

Mesquinerie, dira-t-on, pour qualifier l’attitude de ceux qui relèvent de tels écarts de langage.  L’art ne connaît pas de frontière et la beauté est universelle.  Peu importe l’étiquette.  Seule compte la qualité artistique et ce serait étroitesse d’esprit que de se livrer à des dosages sur des balances d’épicier.  Toutefois, il est aisé d’observer que les débordements de langage ne s’opèrent jamais que dans un seul sens et que, à la longue, s’accréditerait facilement l’idée que la Wallonie est un désert culturel.

2. L’écran belge ?

La Belgique ferait-elle écran à la visibilité wallonne ?  L’attachement d’une large partie de l’opinion wallonne au projet belge a est bien connu.  Pour de nombreux Wallons, le symbolique prestigieux auquel on aime se rattacher, la mythologie fondatrice restent liés à la patrie belge, sa monarchie, sa capitale, ses fleurons culturels.  Remarquons d’ailleurs qu’on ne peut guère considérer les Wallons comme étant les moteurs principaux des mutations institutionnelles de la Belgique au cours du demi-siècle écoulé.  Face aux exigences flamandes pour une autonomie accrue, beaucoup de Wallons, nostalgiques de la Belgique unitaire, ont joué le rôle de frein.

Alors qu’un grand nombre de Flamands se montraient soucieux de la mise en valeur de leur patrimoine propre, beaucoup de Wallons, par contre, rapportaient à la Belgique tous les éléments de leur patrimoine.  Maintenant encore, les Wallons accolent assez spontanément l’épithète « wallon » aux entreprises en difficulté, à la « malgouvernance » ou aux séquelles douloureuses de leur passé industriel, mais rarement aux exploits des sportifs, aux inventions des savants, aux œuvres des artistes, qui viennent ainsi enrichir naturellement le patrimoine belge.  Les médias reflètent d’ailleurs souvent cet usage et contribuent à l’ancrer davantage malgré l’existence actuelle  d’une réalité politique wallonne.  Tout comme les exportateurs vendant du « belge » (mode belge, fromage belge, bœuf blanc-bleu belge), on observe aussi que les milieux culturels cultivés tiennent souvent au label « belge » et tendent à effacer, comme signe d’un provincialisme étriqué, toute référence à la Wallonie.  Corrélativement, peut-être un certain complexe, provincial diront certains, s’est-il développé par rapport à la capitale belge.

En bref, le faible niveau de la « conscience » wallonne s’allie souvent à une attitude naturelle de réserve des Wallons pour laisser dans une ombre pudique leurs créations.  Toucherions-nous ici à une « spécificité » wallonne ?

3. Une Wallonie soluble dans la Communauté française ?

Ce rapport à la Belgique et à Bruxelles nous amène inévitablement au débat qui a opposé depuis les années 1980 les partisans d’un épanouissement wallon aux partisans de la Communauté française de Belgique, avec en toile de fond ce choix à opérer entre, d’une part, une visibilité culturelle accrue de la Wallonie et, d’autre part, une primauté accordée à une vie culturelle plus prestigieuse dans la capitale de la Communauté française de Belgique. 5


Nées toutes deux comme des sœurs siamoises des accouchements constitutionnels laborieux de l’année 1971 et des lois d’application de 1980, la Région wallonne et la Communauté française de Belgique apparurent très tôt comme des rivales, pourtant inextricablement soudées l’une à l’autre.  Cette dualité institutionnelle n’était pas faite pour clarifier le paysage symbolique d’une Wallonie en mal de compréhension d’elle-même.  De telles institutions qui devraient concourir à la construction symbolique de la Wallonie, la desservent en fait.  En effet, si les questions économiques sont du ressort de la Région wallonne, le domaine culturel est de la compétence d’une autre institution, la Communauté française.  Or, ni les territoires ni les intérêts de ces deux institutions ne se recouvrent entièrement.

La Communauté française de Belgique, indépendamment du lien nécessaire de solidarité qu’elle préserve entre les régions wallonne et bruxelloise, entretient un dessein culturel mort-né.  Cette institution exprime en fait la visée des héritiers de la bourgeoisie de 1830 qui a jadis construit l’État belge unitaire sur une base francophone.  Les Flamands ayant refusé de s’intégrer à ce modèle, la Communauté française poursuit le rêve belge sans eux.  Cet État résiduaire compte ainsi une capitale, Bruxelles, et une province, la Wallonie, dont le nom et les aspirations s’effacent.  L’establishment francophone a sécrété son idéologie : la « belgitude », courant lancé au cours des années 1970 dans les milieux bruxellois francophones.  Représentation fourre-tout et narcissique, fonctionnant à usage exclusif de la partie francophone de la Belgique, cette « belgitude » n’est qu’un concept de repli qu’après inventaire on peut qualifier de chimérique !

Rapidement, il est apparu que cette situation portait préjudice à la Wallonie et handicapait son épanouissement.  Dépourvue de compétences culturelles, la Wallonie est ainsi privée de son capital symbolique pour se construire une image valorisante et dynamique.  La Wallonie devient ainsi seulement perceptible par les avatars d’une laborieuse reconversion économique et nullement par les fleurons de son savoir-faire passé et présent.  Pour une société, la possibilité de retrouver sa capacité de créer et la maîtrise de son avenir passe par la construction d’une image d’elle-même intégrant de façon cohérente, passé, présent et visions d’avenir.  On peut réfléchir à un principe d’Antonio Gramsci, pour qui il ne peut y avoir de prise de pouvoir politique sans prise préalable du pouvoir culturel.

En 1983, le Manifeste pour la Culture wallonne a dénoncé clairement cette situation aliénante.  Ses voix furent couvertes par celles de l’establishment de la « belgitude ».  Vingt ans plus tard, le nouveau Manifeste pour une Wallonie maîtresse de sa culture, de son éducation et de sa recherche fut victime en 2003 d’une occultation analogue de la part de l’establishment de la « belgitude ».

4.  Un héritage socio-économique traumatisant ?

Les difficultés économiques que traverse la Wallonie depuis quatre décennies renforcent un sentiment d’infériorité quand elles ne créent pas une véritable culpabilité face à une « Belgique à deux vitesses ».  Dans son autostéréotype, le Wallon intègre assez facilement des appréciations négatives sur un manque de dynamisme, appréciations historiquement injustes puisqu’elles ne tiennent pas compte des problèmes épineux rencontrés par la reconversion économique et qu’elles gomment le siècle et demi d’essor industriel au cours duquel la Wallonie fit la prospérité de la Belgique.  Certains médias flamands récriminent depuis quelques vingt ans sur des transferts de richesses entre le nord et le sud au profit de la Wallonie, mais a-t-on jamais vu un historien ou un économiste comptabiliser avec rigueur les transferts qui s’opérèrent jadis en sens inverse à l’époque de la grave crise que traversèrent les régions flamandes au 19e siècle ?

Un passé industriel prestigieux, mais aussi douloureux sur le plan social, a marqué les mentalités wallonnes.  Il a également laissé des traces dans le paysage, stigmates encore visibles d’un déclin.  Ces empreintes dans le paysage, loin de se transformer en cicatrices glorieuses qu’exhiberait le héros sorti vainqueur de l’épreuve de la reconversion, sont un rappel constant de l’échec et une invite à l’oubli.  Faut-il oublier le « pays noir », comme on le préconisait voici quelques années à Charleroi, ou l’intégrer à une image dynamique nouvelle ?

Plus globalement, une culture régionale dynamique apparaît-elle comme un atout ou comme un frein pour le développement économique ?  Les économistes ont mis en évidence le lien entre le développement et les divers facteurs culturels et mentaux.  On constate que les régions ayant le plus développé leur identité régionale, comme la Catalogne et la Flandre, ont connu un épanouissement de leur économie.  Les Wallons, souvent ignorants de leur passé et des potentialités créatrices de leur région peuvent-il en donner une image positive et attractive ?  Pourrait-on espérer qu’un renouveau économique vienne fleurir comme par hasard dans un désert culturel, au milieu d’une population qui ignorerait tout de son passé et de ses potentialités ?

5.  Langue du peuple et culture des élites ?

La problématique des langues parlées en Wallonie mériterait d’être mieux abordée afin d’expliquer l’attitude des Wallons par rapport à la culture écrite.  Dans la situation de diglossie que vivait la Wallonie depuis des siècles, une partie non négligeable de la population n’avait qu’un accès très limité à la langue que maîtrisaient les nantis de la culture et du pouvoir.  Entendons par diglossie, avec les sociolinguistes, une situation de coexistence de deux langues entre lesquelles s’établit de façon nette une hiérarchie fonctionnelle.  La diglossie wallonne fut caractérisée par l’emploi simultané de deux langues : l’une, le wallon (ou les autres dialectes endogènes romans [picard, lorrain et dans une moindre mesure champenois], ou germaniques [dialectes franciques]), langue peu unifiée utilisée dans la sphère des rapports familiers ;  l’autre, le français, langue plus unifiée et de rayonnement supérieur, se superposant aux langues endogènes, pour les communications officielles.  Bien évidemment, comme partout ailleurs, le peuple n’utilisait dans ses contacts quotidiens ni le langage officiel des chancelleries, ni la langue raffinée des poètes, ni les idiomes plus complexes ou techniques des philosophes et des savants.  En outre, dans nos régions, le peuple parlant wallon n’avait souvent qu’une compréhension imparfaite de la langue des classes supérieures s’exprimant en français.

Ce hiatus est important et l’on peut se demander si les historiens ont perçu la portée de cette aliénation.  Dans notre passé plus lointain, a-t-on déjà tenté de mesurer de quel poids pesa sur la créativité culturelle wallonne cette situation de rupture entre un peuple et ses élites ?  La nécessité de changer de langue pour accéder à la culture et au pouvoir, se combinant avec les développements de l’enseignement en français, aboutit à une régression nette au 20e siècle du wallon parlé.  Dans la pratique quotidienne, jusqu’au milieu du 20e siècle, l’école a contribué à culpabiliser et à inhiber les Wallons depuis l’enfance en réprimant les expressions et accents régionaux comme incorrects, grossiers, voire indécents.  Les parlers wallons ont depuis un siècle entamé une vie souterraine, se réservant le monde de l’intimité et s’effaçant d’eux-mêmes dans les domaines publics ou culturels.

Le wallon finira-t-il par disparaître de la constellation des langues parlées ?  Il y a plus d’un siècle que sa mort est annoncée, mais à l’occasion il sait faire preuve de vitalité.  Pourtant, malgré l’appui tardif et peu efficace que lui a accordé en 1990 la Communauté française par son décret sur l’emploi des langues régionales reconnues comme patrimoine culturel 6 , l’emploi du wallon régresse d’une décennie à l’autre.  Chaque fois que dans le monde une langue s’éteint, c’est évidemment une vision du monde qui disparaît avec elle.  Sur le long terme, comment mesurer l’impact de cet abandon sur la créativité wallonne ?  Peut-on évoquer ici un phénomène de déculturation ?  Ne pas laisser s’éteindre la mosaïque des langues parlées et des richesses culturelles qu’elles véhiculent devrait être un objectif du modèle européen.

Une chose est certaine :  cette « Wallonitude » souterraine, presque honteuse, ne contribue évidemment pas à la construction d’une image compacte et altière.  Les historiens ne démentiront pas le rôle que joua dans la construction de la nation flamande le combat pour la langue (De Taal is gansch het volk ).  L’identité catalane se forgea aussi autour de la langue.  Quant aux Wallons, ayant depuis longtemps, de facto, rejeté l’idée d’ériger leurs idiomes régionaux en langue officielle de leur communauté pour adopter une grande langue internationale de culture, ne se trouvent-ils pas en définitive pénalisés dans l’État belge par rapport aux Flamands, ayant eux conservé leurs parlers locaux pour les unifier et promouvoir ainsi leur langue propre hissée au niveau de langue de culture ?  Sans doute ne peut-on abolir le passé, mais il est légitime de poser certaines questions. 
On pourrait sur ce terrain de l’expression linguistique se poser bien d’autres questions, comme celle de la gêne longtemps ressentie par les classes moins cultivées de Wallonie, maîtrisant moins bien le français oral et mal à l'aise face à des interlocuteurs français.  Ce sentiment d’« insécurité linguistique » a fait l’objet de nombreuses enquêtes des sociolinguistes de l’UCL.

6. Un centre de la création wallonne ?

La conscience wallonne n’a-t-elle pas souffert de ne pas avoir sur le territoire wallon une capitale culturelle incontestée ? Peut-être la Wallonie est-elle à ce point de vue un cas particulier. Sans négliger le rayonnement de Liège au Moyen-Âge, à ces époques où elle portait fièrement le nom d’Athènes du Nord, sans minimiser non plus sa vocation culturelle par la suite, il faut reconnaître que cette ville ne joua pas un rôle de pôle d’attraction culturelle unique pour la Wallonie. Il est vrai aussi que Liège a joué un rôle de premier plan pour la littérature et la philologie wallonnes.

Par contre, dans beaucoup de domaines, les centres moteurs de la recherche et de la création culturelle par des Wallons se situaient hors des frontières de la Wallonie.  À l’extérieur de l’aire wallonne, Bruxelles apparaissait comme un lieu de ralliement des créateurs wallons… Bruxelles, cette ville que les Wallons crurent longtemps leur, cette capitale où ils n’hésitèrent jamais à investir au temps ou nationalisme belge avait le vent dans les voiles. Autre lieu extérieur : Louvain (Leuven) avec son université fut jusque dans les années 1970 le cordon nourricier d’une partie de l’intelligentzia wallonne.  Et que dire de Paris, capitale vers laquelle se tournaient volontiers les yeux des Wallons, fascinés par le prestige culturel de la France ?  C’est à Paris que César Franck a composé ses grandes œuvres et régné sur la musique de son temps, qu’Adolphe Sax a inventé sa famille de saxophones, que Simenon s’est fait connaître par ses romans autant que par ses frasques avec Joséphine Baker, qu’Étienne Lenoir, de Mussy-la-Ville, a mis au point en 1862 une voiture automobile mue par un moteur au gaz.  La réussite culturelle se paie souvent en termes d’exode.  Cette attraction d’une grande capitale est sans doute explicable pour valoriser les talents.  Toutefois, allant au-delà de cet attrait légitime, certains partisans d’un élitisme culturel francophile sont allés jusqu’à nier l’existence même d’une culture wallonne… comme s’il existait au monde des peuples sans culture.  Entendons par culture

Ici une mise au point s’impose.  Il faudrait dépasser le concept élitiste de culture entretenu dans la société bourgeoise d’hier, concept centré sur la jouissance des grandes œuvres de l’art et de l’esprit et sur la transmission d’un type de connaissances générales fournissant les codes de l’ascenseur social.  Tout autant que les fleurons de la créativité d’hier et d’aujourd’hui, le domaine culturel englobe toutes les adaptations des groupes humains aux conditions physiques, les types de réponses apportées par ces groupes à leurs problèmes quotidiens, afin de se créer un demain.  La culture doit donc s’entendre, au sens plus anthropologique, comme « l’ensemble des formes acquises de comportement dans les sociétés humaines ».  La culture doit également s’entendre en termes de projet, pour une société riche de son histoire, mais aussi soucieuse de se projeter dans un avenir.  Nous touchons ici tous les environnements humains y compris la culture matérielle et l’on perçoit le lien fort avec l’organisation de la société.
Le drainage des créateurs wallons vers ces centres extérieurs explique peut-être bien des choses dans la situation de la Wallonie.  On ne peut éluder la question : Quelles furent les conséquences sur la création wallonne de ce mouvement centrifuge vers des capitales culturelles extérieures ? En un sens, ne peut-on pas dire que les points de repère de l’imaginaire wallon ont été posés en dehors du vécu wallon, voire en méprisant celui-ci comme une réalité mesquine ?

7. Un mouvement wallon indécis et divisé

La septième et dernière question que nous nous poserons concerne les indécisions et les divisions affligeantes des mouvements de prise de conscience wallonne.  Cette prise de conscience est née petitement vers la fin du 19e siècle dans le contexte des polémiques virulentes contre les revendications du mouvement flamand.  Le mouvement wallon a longtemps hésité entre deux objectifs :  d’une part, la prise en main de son destin propre ;  d’autre part, la défense d’une Belgique unie contre les assauts des flamingants perçus comme diviseurs de cette patrie belge dont, à l’époque, la Wallonie était le brillant moteur économique.  Ce n’est que peu à peu, au fil du 20e siècle, lorsque le fait flamand est devenu plus évident et plus inéluctable, que l’idée d’une « séparation administrative » comme on l’appelait alors fait son chemin.

L’histoire du mouvement wallon est jalonnée de fractures, alors que le mouvement flamand, sans doute également divisé entre tendances, a eu la sagesse de revendiquer sur base de plate-forme commune, en mettant à chaque succès la barre un peu plus haut.  En conséquence, morcelés en chapelles, incapables de s’en tenir longtemps à une plate-forme commune, les mouvements wallons n’ont pas vraiment réussi à prendre vraiment racine dans la population avant les années 1960.  Par la suite, dans les années 1960, celles du déclin de la grande industrie wallonne, ces mouvements se centrent sur l’obtention d’une capacité décisionnelle en matière économique.  Ces années marquent sans doute un tournant, mais une bonne partie de l’opinion wallonne, comme on l’a démontré plus haut, reste fascinée par le projet Belge.

Aujourd’hui qu’est créée la Région wallonne dans un État belge devenu fédéral, les dissensions ne désarment pas : entre partisans du tout aux régions et adeptes du tout aux communautés ; entre régionalistes wallons et indépendantistes ; entre régionalistes et militants pour un rapprochement avec la France.  Une plate-forme commune serait pourtant aisée à dessiner : quel que soit le cadre politique futur, faire de la Wallonie une région cohérente et dynamique en valorisant au mieux les potentialités réelles d’autonomie que donnent les institutions actuelles et celles que les réformes en cours donneront.

Conclusion

Comment conclure cette exposé éclaté sur les hypothèques, les doutes, les incertitudes, mais aussi les richesses et les acquis de cette introuvable image de marque de la Wallonie ? Sur l’axe horizontal des réalités rationnelles, le verre est sans doute plus qu’à moitié plein : les populations wallonnes ont un nom, un espace propre, des institutions, ont généré leurs environnements culturels de base. Sur l’axe vertical, par contre, le déficit symbolique est béant.  La Wallonie semble amputée de ses ressources symboliques, privée d’elle-même, en un mot, aliénée.  J’emploie ce mot « aliénation » au sens du philosophe allemand Hegel et, à sa suite, de Feuerbach et Marx pour désigner l’état de l’être humain en tant que dépossédé de lui-même et projetant hors de lui ce qu’il possède de meilleur en son être.

Nous venons de passer en revue les mécanismes d’occultation qui gênent la visibilité de la Wallonie, les sept péchés capitaux qui empêchent la Wallonie de se voir elle-même, de se regarder en face.  La Wallonie est ainsi contrainte d’émerger dans les domaines institutionnels et économiques, dans un contexte difficile où, plus que jamais, elle doute d’elle-même.  Si donc la Wallonie veut émerger, si elle veut devenir une région dynamique et poreuse à tous les souffles du monde, elle doit préalablement savoir qui elle est, travailler activement son image de marque, son mental, développer un ensemble de représentations susceptibles d’intégrer les individus à un système de valeurs collectives.

J’en reviens à mon interrogation de départ : « To be or not to be ? ». Là est bien la question. La Wallonie n’existera que si les décideurs culturels, politiques et économiques prennent conscience d’une nécessité citoyenne de la faire advenir.

 

Voir aussi pour prolonger les notes de l'auteuret ses références:

Enfin le temps des projets ?Quatre langages pour la Wallonie

Manifeste pour la culture wallonne (1983)

Manifeste pour une Wallonie maîtresse de sa culture, de son éducation et de sa recherche [2003]

Comprendre (facilement) le débat Communauté/Région de 1983 à aujourd'hui

Et quelques textes mettant en cause cette orientation (la plupart d'entre eux [d'avant 1992], ont été publiés dans la revue mensuelle TOUDI n° 7 année 1992 qui n'est encore que peu reproduite sur la revue TOUDI en ligne. Le premier date de 1983, le second date de 2003 :

Un manifeste peut en cacher un autre (réaction des Dardenne au Manifeste pour la culture wallonne)

Les faces cachées du déni wallon

Deux importantes prises de position opposées aux manifestes wallons :

 

Choisir l'avenir (1996)

La langue est le ciment des francophones de Belgique (Manifeste pro-Communauté française) (1989)

Enfin la position des régionalistes bruxellois en 2006:

L'appel Bruxellois "Nous existons" (2006)

 

 

  1. 1. Voir Albert HENRY, Esquisse d’une histoire des mots wallon et Wallonie, Mont-sur-Marchienne, 3e éd., 1990.
  2. 2. Voir R.H. BOUDIN, « Les Églises wallonnes des Pays-bas comme lieux d’une mémoire religieuse », dans L. COURTOIS et J. PIROTTE (dir.), Entre toponymie et utopie. Les lieux de la mémoire wallonne, Louvain-la-Neuve, 1999, p. 175-185.
  3. 3. Voir Jean-Marie KLINKENBERG, « Enfin le temps des projets ? Quatre langages pour la Wallonie », dans L. COURTOIS, J. PIROTTE et C. SAPPIA (dir.), Pour la Wallonie, Louvain-la-Neuve, 2008, p. 51-61.
  4. 4. Voir Jean STENGERS, «Depuis quand les Liégeois sont-ils des Wallons ? », dans H. HASQUIN (dir.), Hommages à la Wallonie. Mélanges M.A. Arnould et P. Ruelle, sous la dir. de, Bruxelles, 1981, p. 431-447.
  5. 5.   Le débat autour de cette question a culminé dans les réactions qui suivirent la publication du Manifeste pour la culture wallonne de 1983.  Vingt ans plus tard, en 2003, le développe à nouveau ces thématiques.
  6. 6. Décret relatif aux langues régionales endogènes de la Communauté française, 14 décembre 1990.  Voir Moniteur belge,  1er février 1991. Article 1er :  « La Communauté française de Belgique reconnaît en son sein la spécificité linguistique et culturelle de ceux qui usent à la fois d'une langue régionale endogène et du français, langue officielle de la Communauté ».  Article 2 :  « Les langues régionales endogènes font partie du patrimoine culturel de la Communauté ;  cette dernière a donc le devoir de les préserver, d’en favoriser l'étude scientifique et l’usage, soit comme outil de communication, soit comme moyen d’expression ».